Cinéma

Habitante de Créteil, Neïla Salah a été acceptée en fac de droit à Paris II Panthéon-Assas. En retard au cours inaugural de Pierre Mazard (Daniel Auteuil), elle est moquée en chair, à coups de sous-entendus racistes qui valent au grand professeur l’ire de l’auditoire. A l’heure des réseaux sociaux, les vidéos prises par les étudiants font rapidement le tour d’Internet. A tel point que le directeur du département, qui tente de casser l’image facho d’Assas, se voit obliger de faire passer son professeur en conseil de discipline. Pour redorer son blason et celui de la fac, il exige de Mazard qu’il prenne sous son aile la jeune fille qu’il a humiliée pour la préparer à un prestigieux concours d’éloquence interuniversitaire.

Dès le générique, Yvan Attal se place sous le patronage de grands esprits français : Romain Gary, Serge Gainsbourg, Claude Lévy-Strauss et… Jacques Brel. Dont les citations choisies développent une certaine idée de l’intellectualisme en France, l’un des rares pays où l’on peut se déchirer autour d’un livre, d’un mot, d’un film ou de la Une d’un journal satirique. Son nouveau film, l’acteur-réalisateur le consacre en effet à la puissance des mots, abordant exactement le même sujet que le récent documentaire “A voix haute”, sur un concours d’éloquence qui voyait des jeunes de banlieue passer de la tchatche au discours.

Comme le documentaire de Stéphane de Freitas, “Le brio” pose la question de la maîtrise de la langue pour dépasser son statut social. Après une farce assez ratée sur l’antisémitisme l’année dernière (“Ils sont partout”), Attal continue donc de creuser ici les thèmes de l’intégration et de l’identité française. Il le fait de façon généreuse, fidèle à une certaine vision de l’école républicaine.

De ce fait souvent naïf, le film est néanmoins porté par deux comédiens complices. Face à la jeune chanteuse Camélia Jordana (qui semble décidément réorienter sa carrière vers le cinéma après “Bird People” ou plus récemment “Cherchez la femme”), Daniel Auteuil campe avec délectation le rôle de ce vieux professeur aussi brillant que réactionnaire qui, au contact d’une jeune femme “issue de la diversité”, comme il le dit sous guise de moquerie, va apprendre à passer outre ses a priori. Si le thème est assez convenu, “Le brio” est heureusement allégé par des dialogues plutôt bien tournés et un humour ravageur qui se joue habilement des préjugés racistes.


© IPM
Réalisation : Yvan Attal. Scénario : Yaël Langmann, Victor Saint Macary&Yvan Attal. Avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Nicolas Vaude, Nozha Khouadra… 1 h 35.