Cinéma Une évocation ultra-classique de la Seconde Guerre mondiale sur l’île anglo-normande.

Pour railler le cinéma hexagonal des années 50, François Truffaut avait trouvé une formule d’une formidable cruauté : "la qualité française". En le paraphrasant, on pourrait reprocher à tout un pan du cinéma britannique contemporain une forme de "qualité anglaise".

Adapté du best-seller "Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates", roman épistolaire publié par Mary Ann Shaffer et Annie Barrows en 2008, "Le cercle littéraire de Guernesey" appartient en effet à cette catégorie de productions patrimoniales ultra-léchées dans leur reconstitution historique, façon "Downton Abbey" (dont on reconnaît d’ailleurs ici quelques visages, à commencer par Lily James). Où chaque scène transpire du travail des décorateurs, de la costumière (qui gratifie la jolie comédienne de tenues toutes plus seyantes et élégantes les unes que les autres). Le revers de cette superbe médaille, c’est qu’engoncé dans de trop beaux atours, le récit ne vibre plus. C’est le cas dans ce film édifiant qui place le spectateur dans un fauteuil confortable, se contentant de lui offrir un spectacle rassurant, sans aucune surprise.

Depuis "Quatre mariages et un enterrement" et ses deux "Harry Potter", Mike Newell n’a plus à prouver qu’il sait raconter une histoire. Il ne force dès lors pas son talent pour mettre en scène le séjour de Juliet Ashton (Lily James donc), jeune écrivaine londonienne prometteuse, sur l’île de Guernesey à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Elle débarque sur l’île anglo-normande intriguée par la lettre que lui a adressée Dawsey Adams (Michiel Huismans), paysan et cofondateur, durant l’Occupation nazie de Guernesey, d’un intriguant Cercle littéraire et de tourte aux épluchures de pommes de terre. Une réunion improvisée de quelques êtres qui découvrent, un peu par hasard, que la littérature va pouvoir les aider à survivre à la guerre. Et même si elle est fiancée à un beau diplomate américain qui lui promet un grand appartement sur la 5e Avenue, avec vue sur Central Park, la jeune Juliet n’est pas insensible au charme rural de son éleveur de cochons, avec qui elle partage cet amour de la littérature…

Amitié, camaraderie, solidarité, amour, pouvoir de la littérature, beauté du dénuement… Tous les thèmes sont là et bien là dans cette adaptation très mièvre, qui fait passer presque au second plan le seul aspect un peu intéressant : le récit d’une histoire méconnue, celle de l’occupation de Guernesey par le IIIe Reich. Malheureusement, à force de vouloir prendre le spectateur par la main, d’avoir peur de le choquer ou de le déstabiliser, "Le cercle littéraire de Guernesey" se résume à une évocation bien trop sage, sans âme et sans vie, préférant le cliché rassurant à un sentiment authentique.


© IPM
Réalisation : Mike Newell. Scénario : Don Roos Thomas Bezucha. Avec Lily James, Michiel Huismans, Tom Courtenay, Penelope Wilton, Matthew Goode… 2 h 04.