Cinéma

Décédée hier à l’âge de 85 ans, elle reviendra post-mortem sur Netflix avec le film inachevé d’Orson Welles.

La Nouvelle Vague s’échoue encore un peu plus sur la plage de nos souvenirs. Et "Le Charme discret de la bourgeoisie" s’est affadi. Stéphane Audran, actrice fétiche (et épouse pendant seize ans) de Claude Chabrol, est en effet décédée hier à 85 ans, "des suites d’une maladie" selon son fils, Thomas Chabrol.

Sans jamais concurrencer les superstars du cinéma français comme Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou Isabelle Adjani, Stéphane Audran s’est assez rapidement forgé une petite place à part dans le 7e art hexagonal. Grâce à Claude Chabrol, dans un premier temps. Il la découvre dans "Le Jeu de la nuit", en 1957, aux côtés de Maurice Pialat. Elle possède dans le regard ce mélange de malice et de froideur qui le séduit. Tout à fait ce qu’il recherche pour "Les Cousins", l’un des films qui marque le début de la Nouvelle Vague.

Muse et compagne de Claude Chabrol

Entre eux, le courant passe tellement bien qu’elle quitte Jean-Louis Trintignant et qu’ils se marient en 1964. Avec elle, le cinéaste a trouvé la bourgeoise idéale, celle qui va incarner tous les défauts de la bonne société de province de l’époque. Il la transforme en maîtresse vénéneuse de Landru, en secrétaire par qui "Le Scandale" arrive, en épouse de petite vertu dans "La Femme infidèle" ou à la moralité suspecte de l’inquiétant Jean Yanne dans "Le Boucher". Rien d’étonnant que Luis Buñuel pense à elle pour "Le Charme discret de la bourgeoisie" ou qu’elle décroche le César de la meilleure actrice dans un rôle secondaire pour "Violette Nozière". Elle avait pourtant failli refuser ce dernier rôle : elle ne se sentait pas à l’aise dans le rôle de la mère de la jeune femme accusée de meurtre, campée par la nouvelle égérie de Chabrol, Isabelle Huppert.

Même si, par la suite, elle tournera encore avec son ex-mari ("Poulet au vinaigre", "Le Sang des autres" ou "Betty"), elle change complètement de registre dans les années 80 et opte plus volontiers pour des personnages odieux, cassants ("Mortelle Randonnée", "Coup de torchon"). Mais sa carrière décline. "Le Festin de Babette" constituera son dernier coup d’éclat, en 1987. La suite sera moins brillante, avec notamment "Belle-Maman" ou "Arlette".

Par un étrange coup du destin, bien qu’elle n’ait plus tourné depuis 2013, Stéphane Audran fera une apparition post-mortem sur Netflix, lors de la présentation du dernier film inachevé d’Orson Welles, "The Other Side of the Wind".


En quelques dates

8 novembre 1932 : naissance à Versailles.

1954 : épouse l’acteur Jean-Louis Trintignant. Le mariage dure peu.

1960 : premier rôle important dans un film de Claude Chabrol, “Les bonnes femmes”.

1964 : mariage avec Claude Chabrol (divorce en 1980).

1968 : Ours d’argent de la meilleure actrice au festival de Berlin pour “Les biches” (Chabrol).

1971 : signataire du manifeste des “343” qui déclarent publiquement avoir eu recours à l’avortement.

1972 : joue dans “Le charme discret de la bourgeoisie” de Luis Buñuel (Bafta 1974 de la meilleure actrice aux British Academy Film Awards).

1979 : César de la meilleure actrice dans un second rôle pour “Violette Nozière” (Chabrol).

1987 : joue dans “Le festin de Babette” (Gabriel Axel), Oscar du meilleur film étranger.

27 mars 2018 : décès à 85 ans des suites d’une maladie.