Cinéma La bande-annonce de son nouveau film "Chez nous" fâche l’extrême droite.

L’année 2017 s’annonce capitale en France, avec l’élection présidentielle de mai prochain, où les observateurs les plus pessimistes (échaudés par le Brexit et l’élection de Donald Trump) n’osent plus exclure une victoire de Marine Le Pen face à François Fillon en cas de second tour Front national-Les Républicains. Entre un discours d’exclusion de l’étranger et un discours de casse sociale, les sympathisants de gauche ne se bousculeront en effet pas pour aller voter, tandis que l’électorat populaire sera sans doute plus attiré par le discours gauchisé de Marine Le Pen.

Toute ressemblance…

C’est dans ce contexte que, le 22 février, sortira sur les écrans français (le 15 mars en Belgique) "Chez nous", dernier film du cinéaste belge Lucas Belvaux. Celui-ci retrace l’accession au pouvoir d’Agnès Dorgelle, dirigeante populiste à la tête du Bloc patriotique. Toute ressemblance avec la pasionaria bleu marine n’est évidemment pas fortuite… Habits sombres, coupe au bol blonde, haranguant une foule hurlant "On est chez nous !", Catherine Jacob fait évidemment penser à Marine Le Pen. Tandis qu’Emilie Dequenne incarne une jeune infirmière à domicile recrutée par André Dussollier pour figurer sur une liste du Bloc populaire dans le nord de la France.

A peine la bande-annonce de "Chez nous" dévoilée sur le site de "La Voix du Nord", les soutiens du Front national, se sentant visés, se sont déchaînés, dénonçant un "film de propagande""inadmissible", carrément produit par des "émules de Goebbels", selon l’ancien avocat Gilbert Collard, qui franchit allègrement le point Godwin…


Plus posé, Florian Philippot, tenant de l’aile gauche du FN, a parlé d’un "joli navet", jugeant "scandaleux qu’en pleine campagne présidentielle" on sorte un film "clairement anti-Front national".


Belvaux surpris par les réactions

Interrogé lundi matin sur RMC, Lucas Belvaux a réagi en expliquant qu’il n’avait pas réalisé "un film militant". "C’est un film engagé, un film citoyen, fait pour provoquer la discussion, pas pour provoquer le FN ou la peur du Front national, a-t-il assuré. Ce n’est pas tant un film anti-FN qu’un film sur le discours populiste et sur comment les gens s’engagent en politique. Ce sont les électeurs qui m’intéressent, pas les partis politiques."

Le cinéaste d’origine namuroise s’est également dit surpris par la "brutalité" des réactions des élus FN. "Ce qui m’amuse […], c’est qu’ils me taxent de caricature, alors que mes personnages sont moins caricaturaux qu’eux !" a ajouté Lucas Belvaux, qui, comme dans "La raison du plus faible" ou "38 témoins", poursuit avec "Chez nous" son travail d’exploration de la société contemporaine.