Cinéma

Le “cinéaste de l’absurde” exerçant sous le pseudonyme de Jean-Jacques Rousseau a été hospitalisé dans un état proche de la mort, mardi soir. A la suite d’une altercation survenue dans un café de Courcelles, il a été fauché avec deux autres personnes par un automobiliste ayant foncé sur eux avec sa voiture. Souffrant de blessures critiques, le cinéaste se trouvait selon l'agence Belga dans un état proche de la mort.

Toujours masqué lors de ses apparitions publiques, Jean-Jacques Rousseau, aussi surnommé le “Ed Wood belge”, est l’auteur autodidacte de dizaine de films amateurs aux titres accrocheurs ou ironiques ("Un colonial chez les Celtes", "Furor Teutonicus", "L'invasion des succubes"). Cinéphile tendance bis, ouvrier-maçon de profession, Jean-Jacques Rousseau, qui a toujours farouchement protégé son anonymat, a débuté sa carrière aux marges de l'industrie du cinéma en 1964, avec « L'étrange histoire du professeur Igor Yaboutich ». Il a, depuis, signé une quarantaine de film, ce qui a fait de lui le réalisateur belge le plus prolifique – à défaut d'être le plus vu ou le plus réputé.

Personnage truculent, gentiment fort en gueule, Jean-Jacques Rousseau a constitué au fil des ans une famille de comédiens et techniciens saltimbanques. Aussi anar mais moins provocateur qu'un Jan Bucquoy, aussi surréaliste et tout aussi absurde que son ami Noël Godin, Rousseau s'est fait plaisir, tel un gamin s'inventant des histoires sur le tapis de jeu de sa chambre, en plagiant tous les grands genres du cinéma commercial, avec une prédilection pour la science-fiction et le film de guerre. « La différence entre Spielberg et moi » nous disait-il un jour dans les coulisses du Festival du Film Fantastique de Bruxelles, « c'est 200 millions de dollars de budget ».

Jean-Jacques Rousseau a notamment reconstitué la bataille de Waterloo (avec une maquette - « Les marcheurs de la Grande Armée », 1978), celle de l'Yser (« avec trois figurants et une vache »), imaginé une apocalypse nucléaire sur sa ville natale (« Karminsky-Grad », 2010) ou un survival futuriste (« Wallonie 2084 »). Objet d'un portrait dans l'émission de la RTBF « Cargo de nuit » en 1987, Jean-Jacques Rousseau a eu son heure de gloire internationale en 2004, grâce au documentaire « Cinéastes à tout prix » de Frédéric Sojcher. A l'occasion de la présentation de ce dernier au Festival de Cannes, le cinéaste avait eu droit à une dérogation exceptionnelle, afin de pouvoir monter les marches du Palais des festivals, la tête couverte de sa célèbre cagoule. Dans la foulée, il a eu les honneurs d'une monographie de 240 pages chez l'éditeur parisien Archimbaud-Klincksieck.