Cinéma

N'en déplaise à certains, la renommée du cinéma belge est essentiellement celle du cinéma francophone. Les Dardenne, Van Dormael, Hänsel, Fonteyne, Renders, Berliner et autres Poelvoorde qui ont situé la Belgique sur la carte du cinéma mondial sont essentiellement francophones. Certes, il existe un cinéma en Flandre, mais ses priorités, encouragées par le pouvoir subsidiant, furent d'abord de mettre en images le patrimoine littéraire flamand et puis de produire en fonction du public local, waar vlamingen thuis zijn.

Depuis quelque temps toutefois, cette politique -sous la pression des succès francophones?- évolue vers une ouverture au-delà de la frontière linguistique. «Iedereen beroemd!» (2000) de Dominique Deruddere, «Hop» de Dominique Standaert, «Pauline & Paulette» de Lieven Debrauwer ou en encore «Meisje» de Dorothée van den Berghe s'adressaient aux spectateurs avant de s'adresser aux Flamands jeunes mangeurs de pop-corn de préférence.

Et, à l'heure de la rentrée 2003, cette tendance se développe au point de balayer le cinéma francophone des écrans. Le contraste est spectaculaire avec septembre 2002 où les films se bousculaient au portillon des salles après un passage dans un grand festival international: «Un honnête commerçant» de Philippe Blasband projeté à Venise, «Strass» de Vincent Lannoo plébiscité à Montréal, «Une part du ciel» de Bénédicte Liénard sélectionné à Cannes et «Le Fils» des frères Dardenne auréolé du prix d'interprétation masculine décerné à Olivier Gourmet au Festival de Cannes.

Cette fois, hormis «L'Autre» de Benoît Mariage, l'auteur des «Convoyeurs attendent», c'est un peu le calme plat pour un cinéma francophone froidement douché par le public de l'automne dernier. Seul autre film annoncé, le premier de Sam Garbarski, «Le Tango Rashevski», une comédie avec Hippolyte Girardot en vedette.

Film Flanders

En revanche, au nord du pays, c'est l'ébullition qui n'est sans doute pas étrangère à la constitution de Film Flanders dont les moyens sont largement supérieurs à ceux de la Communauté française. Certes, la production destinée au public indigène n'est pas abandonnée, on en veut pour preuve «Team Spirit 2» de Jan Verheyen, un spécialiste du genre régional. Mais, manifestement, les cinéastes flamands semblent avoir retrouvé des ambitions, un nouvel esprit blows, à l'image du film Tom Barman «Any Way the Wind Blows» qui a animé le premier semestre. Julien Vrebos, présenté comme le Greenaway du Nord, entend marquer les esprits avec son «Emperor's Wife» qui sortira -nationalement- la semaine prochaine. Eric Van Looy, cinéaste efficace, fera l'ouverture du 30e Festival de Gand avec «De Zaak Alzheimer» . Et puis cet automne marquera avec «Verder dan de maan» (Au-delà de la lune) le retour de Stijn Coninx, l'une des plus larges palettes du cinéma belge, du drame («Daens») à la comédie. Personne n'a oublié l'humour lunaire d'«Urbanus».

© La Libre Belgique 2003