Le Coréen Im Kwon-Taek, prix de l'UCC

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Cinéma

C'est une tradition qui dure depuis plus de quarante ans, le premier samedi de l'année, les critiques de cinéma du pays se rassemblent pour attribuer le grand prix de l'UCC (Union de la Critique de Cinéma) au film qui a le mieux contribué au ` rayonnement de l'art cinématographique ´ au cours des douze derniers mois. Celui-ci est désigné au terme d'un processus qui se déroule en trois temps. Primo, chaque critique délivre sa liste des 10 meilleurs films de l'année afin d'établir un classement représentatif. Deuxième étape, parmi les vingt titres classés en tête de cette consultation, cinq sont choisis à l'issue d'une réunion de présélection organisée fin décembre. Troisième étape, le dîner du grand prix dont le déroulement est immuable. Chaque film y est défendu par un avocat, souvent un nouveau membre de l'association. Après les plaidoiries, des tours de vote envoient successivement le moins bien classé à la trappe. Entre chaque scrutin, les participants sont invités à échanger leurs arguments pour récupérer les voix du film sorti.

Surprenante sélection

L'australien `Lantana´, les américains `Bowling for Columbine´ et `Ghost world´, le coréen `Ivre de femmes et de peinture´ et le belge `Hop´ formaient la sélection 2002 qui avait de quoi surprendre le cinéphile. En effet, nulle trace ici de `Parle avec elle´, de `L'Homme sans passé´, de `Mulholland Drive´, de `Laissez-passer´ ou encore du `Fils´, autant de joyaux de l'année écoulée ayant largement contribué au ` rayonnement du 7e art´. C'est qu'au lieu de désigner le `meilleur film de l'année´, l'UCC s'emploie plutôt à utiliser son grand prix pour donner une seconde chance à une oeuvre passée inaperçue ou pour attirer l'attention sur une personnalité cinématographique moins médiatisée. D'où cette sélection, bizarre à première vue mais parfaitement cohérente dans l'esprit de l'association.

Premier avocat, Ward Verrijcken (TV 1) a présenté `Lantana´, comme une version australienne de `Americain beauty´. Marina Bergamelli (CCAC) est venue ensuite dégainer en faveur de `Bowling for Columbine´. Grand habitué de ces débats, Marcel Croës (RTBF) s'est enthousiasmé pour `Ivre de femmes et de peinture´, maniant avec talent le commentaire ` une célébration de la pulsion et de la liberté créatrice ´ et la citation ` Je ne crois qu'à l'art qui se promène nu-pieds ´, d'après Balzac. C'est la Wallonne Catherine Ernens (Vers l'Avenir) qui est venue défendre `Hop´, film du Flamand Dominique Standaert. Avec humour, elle a relevé les traits de belgitude d'une oeuvre, approchée ici de façon très originale par le biais de l'odorat. Enfin, Louis Danvers (Le Vif) a salué la subtilité du travail d'adaptation d'une bédé par Thierry Zwigoff rendant d'autant plus implacable et caustique le regard sur la société des deux adolescentes de `Ghost World´.

Quel challenger?

Cette fois, les idées étaient jetées et le président Jean-François Pluijgers de lancer les débats. A l'issue du premier tour `Ivre´ était en tête d'une voix devant `Bowling´ alors que les trois poursuivants totalisaient le même nombre de voix. C'est dire si la partie s'avérait indécise même si dès le deuxième tour, `Ivre´ se détachait comme leader, le suspense se reportant sur l'identité de son challenger. En dépit du `Hop la boum´, formule de Guy Delfosse (Pan) qui résumait parfaitement le film belge, celui-ci fut le premier à tomber, suivi par `Ghost World´ et contre toute attente `Bowling´. Restait donc `Lantana´ pour lequel Jan Temmerman (Morgen) monta à l'assaut en relevant les qualités de ce petit film qui parle si justement de l'angoisse et des erreurs de jugement qu'elle peut faire commettre. Cela ne devait pas suffire et c'est donc un cinéaste coréen Im Kwon-Taek qui prend place au palmarès de l'UCC.

© La Libre Belgique 2003

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