Cinéma Dimanche, la Compétition vénitienne accueillait le dernier film d’Hayao Miyazaki. C’est ce qu’a annoncé Koji Hoshino, président des studios Ghibli, qui représentait sur le Lido le maître de l’animation nipponne, resté à Tokyo. Cinq ans après le visionnaire "Ponyo sur la falaise" (déjà présenté à Venise), qui anticipait le tsunami, Miyazaki tire à 72 ans sa révérence avec Le vent se lève.

Pour son dernier rêve (comme souvent chez lui proche du cauchemar), il ne signe pas ici un récit sorti de son imagination débordante mais rend hommage à Jiron Horikoshi, jeune ingénieur aéronautique qui mettra au point le Mitsubishi Zero, utilisé par les kamikazes durant la Seconde Guerre mondiale. Si le côté mélo de son histoire d’amour avec une jeune tuberculeuse est un peu appuyé (notamment par la musique de Joe Hisaishi), la réflexion sur la beauté de la création de machines pouvant mener à la destruction et sur l’histoire du Japon est intéressante. Surtout, comme toujours, on s’émerveille de retrouver la patte du réalisateur du "Voyage de Chihiro" et de "Princesse Mononoké", ce dessin faussement naïf, cette confiance dans le crayon plutôt que la palette graphique. Même si, pour son testament, on aurait sans doute préféré que Miyazaki signe un film plus personnel…

A l’applaudimètre, c’est le Britannique Stephen Frears qui, la veille, a conquis le cœur des spectateurs avec Philomena. Inspiré du livre de Martin Sixsmith (ancien journaliste et spin doctor de l’administration Blair), le film retrace l’enquête que celui-ci mena avec Philomena Lee pour retrouver le fils de cette dernière, abandonné à l’adoption après le placement de la jeune fille dans un couvent catholique dans l’Irlande des années 50.

Le sujet est sensible. L’écueil serait de tomber dans l’émotion facile. Stephen Frears y échappe en grande partie grâce à la tonalité toute particulière apportée par Steve Coogan. L’acteur ne joue pas seulement ici le premier rôle aux côtés de Judy Dench, il est également producteur et coscénariste du film.

Comme toujours brillant dans le rôle d’un Anglais cynique et anticlérical, il apporte la distance nécessaire au film, qui lui permet de ne pas verser dans la sensiblerie. Avec Dench, Coogan forme un couple mal assorti, entre cette vieille dame de la classe populaire et ce journaliste sorti d’Oxford. Comique, leur duo donne à "Philomena" des faux airs de buddy movie. Même si le film s’attache d’abord à rendre justice au combat contre l’institution catholique de cette mère pour qui le pardon vaut mieux que la colère.

L’engrenage de la violence

Peu connue du grand public, Kelly Reichardt s’est déjà taillé une sacrée réputation dans le circuit indépendant américain avec ses trois premiers films. De quoi lui ouvrir les portes de la Compétition avec le mystérieux Night Moves, exploration de la dérive vers la violence d’un trio d’activistes environnementaux. Travaillant dans une coopérative agricole écolo de l’Oregon, Josh ne se contente plus du retour à la terre et des discours sans lendemains sur la catastrophe environnementale annoncée. Avec son frère Harmon et son amie Dena, ils ont décidé de passer à l’action en faisant sauter un barrage hydroélectrique, espérant éveiller les consciences sur la nécessité de décroissance.

Porté par une tension oppressante, "Night Moves" suit pas à pas ces apprentis-terroristes avant, pendant et après leur attentat. Reichardt livre un thriller étrange, à distance. Jamais en effet elle ne cherche à nous faire entrer en empathie avec ses personnages. La seule de leurs émotions qu’elle nous transmet est la peur, la panique. Une descente aux enfers au sous-texte politique volontairement ambigu que l’on vit aux côtés de Jesse Eisenberg, Dakota Fanning et Peter Sarsgaard, impeccables.

Acteur en vogue, James Franco (vu récemment dans "Le Monde fantastique d’Oz") est désormais quasiment aussi actif en tant que réalisateur. Quelques mois à peine après avoir présenté à Cannes l’expérimental "As I Lay Dying", il levait le voile à Venise sur Child of God. On reste dans la littérature américaine, puisqu’après Faulkner, Franco adapte ici le 3e roman de Cormac McCarthy, publié en 1974.

Cet "Enfant de Dieu", c’est Lester Ballard. Dans les sixties, quelque part dans la campagne du Tennesse, ce déficient mental n’a d’autre choix, quand la propriété de son père est vendue, que de s’installer dans une vieille cabane… A mesure que son isolement se creuse, il perd le contact avec la société et ses codes, jusqu’à faire sauter les dernières barrières morales et franchir le pas de la nécrophilie… Comme toujours chez McCarthy, la vision de l’homme est noire. Mais s’il existe une lueur d’espoir dans "La Route", "Child of God" est plombé par un désespoir sordide. Appuyé à l’écran par l’interprétation, un peu too much, de Scott Haze (tout en bave et grognements), et par la mise en scène, âpre, de James Franco. Qui a désormais gagné ses galons de cinéaste.

JKF 50 ans après

Dimanche enfin, le scénariste américain Peter Landesman présentait en Compétition son premier long métrage. Parkland propose une nouvelle relecture de la mort du président Kennedy. De façon factuelle, le film rend compte du déroulement des événements du matin du 22 novembre 1963 et des trois jours qui suivirent en reprenant, de façon étonnante, la thèse officielle du tueur isolé. L’élément neuf ? Le FBI aurait eu Oswald dans ses bureaux de Dallas dix jours avant l’assassinat… Les agents auraient non seulement détruit leur dossier sur Oswald mais, sous-entend le film, l’auraient également éliminé pour couvrir leur énorme fiasco…

Bénéficiant d’un solide casting (Zac Efron, Billy Bob Thornton, Paul Giamatti…) et d’une réalisation efficace, mêlant images d’archives, fausses archives et fiction, "Parkland" démontre que 50 ans après l’assassinat de JFK, la fascination pour ce tournant de l’histoire américaine est intacte.