Cinéma Du 10 au 20 octobre prochains, Gand fera la fête au 7e Art, entre avant-premières de choix et ciné-concerts.

Comme le rappelaient hier ses organisateurs, lors de la conférence de presse de présentation de sa 44e édition, le festival du film de Gand est le premier festival de cinéma de Flandre, devant notamment Ostende, qui vient de se clôturer. Reste qu’au fil des ans, Gand a quelque peu perdu de son prestige… En témoigne notamment le choix des films d’ouverture et de clôture, deux productions belges. Récompensé du prix du public à la Berlinale, "Insyriated" est une excellente évocation de la guerre en Syrie (avec la formidable Hiam Abbas), mais ce huis clos puissant de Philippe Van Leeuw ne fera sans doute pas se déplacer les foules. Pas plus que "Charlie en Hannah gaan uit", premier long métrage du Flamand Bert Scholiers sous forme de plongée dans le monde de la nuit anversoise.

Pénurie d’invités de prestige

Autre signe de la crise que semble traverser le festival de Gand, celui-ci n’a trouvé qu’à la dernière minute le président du jury de sa compétition officielle, l’Italien Aurelio Grimaldi. Peu connu même des cinéphiles avertis - on lui doit deux documentaires sur Pasolini et un sur le meurtre d’Aldo Mauro -, il sera secondé, entre autres, par le réalisateur israélien Eytan Fox (découvert avec "The Bubble") et l’actrice italo-britannique Greta Scacchi (révélée par Robert Altman dans "The Player"). Cette année, Gand peine en effet clairement à attirer les invités de prestige - on pourra quand même croiser le Suédois Ruben Ostlund, tout juste auréolé de sa Palme d’or pour "The Square", le Français Xavier Beauvois avec "Les Gardiennes" ou encore Bouli Lanners, qui vient défendre "Tueurs", premier film de l’ex-braqueur François Troukens.

Si le festival n’offrira que peu d’avant-premières exclusives, il permettra néanmoins au grand public belge de découvrir sur grand écran (souvent avec des sous-titres français) un bon "best of" de films qui ont marqué l’année, que ce soit à Berlin, Cannes ou Venise.

En ce sens, Gand reste l’un des rendez-vous importants de la cinéphilie en Belgique. Grâce également au travail éditorial effectué par son directeur artistique, l’ancien critique Patrick Duynslaegher. Comme chaque année, on pourra ainsi slalomer entre les différentes sections à travers une série de parcours thématiques transversaux : nouveau cinéma belge, documentaires, films LGBT, metamovies (films sur le médium cinéma…), les "changemakers", etc. On pourra surtout se replonger dans une série de classiques du 7e Art. Duynslaegher a notamment concocté un focus bien senti sur le cinéma politique italien des années 1960 et 1970 avec, au menu, "La Bataille d’Alger" de Gillo Pontecorvo (longtemps interdit en France), "Le Conformiste" de Bertolucci avec Jean-Louis Trintignant, "Le Jardin des Finzi-Contini" de De Sica (d’après le roman de Bassani), "Une journée particulière" d’Ettore Scola avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni, ou encore "Théorème" de Pasolini… A la veille de la sortie de "Du manoir à la jungle", documentaire que consacre Grace Winter au Marquis Robert de Wavrin, cinéaste anthropologique belge totalement oublié, on pourra également découvrir son impressionnant "Au pays du scalp", tourné auprès de population indigène d’Amérique du Sud en 1930.

Terence Blanchard, invité d’honneur

Enfin, comme chaque année, le festival de Gand consacrera une place de choix à la musique de film, en remettant les 17es World Soundtrack Awards et en rendant hommage à de grands compositeurs, dont l’invité d’honneur, le trompettiste américain Terence Blanchard, collaborateur privilégié de Spike Lee. Jazz et cinéma seront également au rendez-vous, le 19 octobre, d’une soirée proposée par l’Orchestre philharmonique de Bruxelles et le Brussels Jazz Orchestra autour des bandes originales de "La La Land"’, "Chinatown", "Bullitt" ou "Qui a peur de Roger Rabbit ?". Tandis qu’il risque d’y avoir de l’ambiance avec le groupe belge électro-jazz Stuff (11 octobre), qui improvisera sur les musiques composées par Howard Shore pour les films de Cronenberg, et avec les Italiens de Goblin (20 octobre), qui reliront à leur façon "Dawn of the Dead", classique de l’horreur signé Romero en 1978.

Du 10 au 20 octobre à Gand (au Kinepolis, Studio Skoop, Sphinx, Capitole, Vooruit…). Rens. : www.filmfestival.be.


12 films à ne pas manquer

Wonderstruck. Todd Hayne retrouve son actrice fétiche Julianne Moore, cette fois face à Michelle Williams dans un nouveau mélodrame léché dont il a le secret. Séance spéciale, 11/10, 20 h (Kinepolis). 

Logan Lucky. Après "Ocean’s Eleven", Steven Soderbergh signe une nouvelle comédie de braquage, avec Daniel Craig et Channing Tatum. Séance spéciale, 11/10 à 20 h (Kinepolis). 

The Square. Le Suédois Ruben Öslund a décroché la Palmer d’or à Cannes avec cette farce acerbe sur l’hypocrisie. En compétition, 12/10 à 19 h 45 (Kinepolis), en présence du réalisateur. 

Les gardiennes. Après "Des hommes et des dieux" et "La rançon de la gloire", Xavier Beauvois s’intéresse aux femmes restées au pays (Nathalie Baye et sa fille Laura Smet) pendant que leurs hommes étaient au front pendant la Première Guerre mondiale. Séance spéciale, 13/10 à 20 h (Kinepolis), en présence du réalisateur.

Claire’s Camera. Le Coréen Hong Sang-soo filme Isabelle Huppert durant le Festival de Cannes pour poser la question du pouvoir du cinéma sur nos vies. Global Cinema, 13/10, 22 h (Studio Skoop). 

You Were Never Really Here. L’Ecossaise Lynne Ramsay est enfin de retour six ans après le coup de poing "We Need to Talk about Kevin", cette fois avec Joaquin Phoenix en tueur fou. Séance spéciale, 14/10, 22 h 30 (Kinepolis). 

L’Atelier. Le Français Laurent Cantet, (Palme d’or pour "Entre les murs") place Marina Fois au milieu d’ados tendus. Séance spéciale, 14/10, 20 h (Kinepolis).

The Killing of a Sacred Deer. Deux ans après avoir présenté à Gand "The Lobster", le Grec Yorgos Lanthimos retrouvait Colin Farrell à Cannes, et permettait à Nicole Kidman de décrocher le prix du 70e festival. En compétition, 15/10, 20 h 15 (Kinepolis). 

On Body and Souls. La Hongroise Ildikó Enyedi a décroché l’Ours d’or à la Berlinale avec cette superbe histoire d’amour sur fond de solitude. Séance spéciale, 16/10, 22 h 30 (Kinepolis). 

Borg/McEnroe. Le Danois Janus Metz Pedersen nous fait revivre la rivalité entre deux génies du tennis : Björn Borg (Sverrir Gudnason) et John McEnroe (Shia LaBeouf). Séance spéciale, 17/10, 20 h (Kinepolis). 

Three Billboards Outside Ebbing, Mississipi. Très applaudi à la Mostra de Venise, où il a obtenu le prix du scénario, le nouveau film du Britannique Martin McDonagh ("In Bruges") offre un rôle en or à Frances McDormand. En compétition, 18/10, 20 h (Kinepolis). 

Fixeur. Quatrième long-métrage du cinéaste roumain Adrian Sitaru, découvert avec "Picnic" en 2008.En compétition, 18/10, 20 h (Kinepolis).