Cinéma Romain Gavras s’y croit. Et pourtant, il en est tellement loin d’une comédie frappadingue.

Tellement de choses ne fonctionnent pas dans "Le monde est à toi", ce serait plus rapide de parler de ce qui fonctionne. Karim Leklou, par exemple. Il est formidable cet acteur. Il parvient à garder l’attention du spectateur dans un suspense sans enjeu, une comédie sans humour.

Le personnage de Karim Leklou est un petit dealer, propre sur lui, qui veut sortir de la marge en devenant l’importateur pour le Maghreb de "Mr Freeze", le bâton sorbet chimique surgelé. Il a besoin de 80 000 euros pour la licence. Pas de problème, ça fait des années qu’il remet les profits de son petit business à sa mère. Mais voilà, elle a tout flambé. Il va devoir monter un plan, vite fait, pour trouver la somme. Comme il ne le partage pas avec les spectateurs, on a du mal de s’intéresser à l’enchaînement improbable d’événements idiots.

Oui mais c’est pour rire, c’est une farce, une parodie !

Non, c’est juste une accumulation de sketches ratés. Les personnages sont tous des clichés, ce qui est normal dans une comédie qui fonctionne, mais quand elle ne fonctionne pas, c’est très pénible.

Pourquoi ne fonctionne-t-elle pas ? Elle est mal construite, elle n’a aucun rythme, elle ne recycle que des banalités mais, surtout, elle est mal jouée. On loue souvent un réalisateur pour sa direction d’acteurs. Celle de Romain Gavras est calamiteuse, les acteurs sont abandonnés à leur personnage, à leurs travers. François Damiens fait le gros lourd, les dealers font les débiles et Isabelle Adjani fait pitié en mère frappadingue. Voir ce talent fou - 5 César -, vouloir surpasser Michèle Laroque dans "Brillantissime", relève de la torture.

Quel été meurtrier !


© IPM
Réalisation : Romain Gavras. Scénario : Romain Gavras, Karim Boukercha&Noé Debré. Photographie : André Chemetoff. Musique : Jamie XX. Montage : Benjamin Weill. Avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Oulaya Amamrar, Vincent Cassel… 1 h 34.