Cinéma

Réalisation : Frank Van Passel. Scénario : Christophe Dirickx, d'après le roman de Willem Elsschot. Image : Jan Vancaillie. Musique : Paul Van Bruggen. Décors : Johan Van Essche. Costumes : Kristin Van Passel. Production : Dirk Impens, Rudy Verzyck. Avec Julie Delpy, Shaun Dingwall, Shirley Henderson, Dora Van der Groen... 1h28.

Un quai de gare, très tôt le matin, une jeune femme embrasse son petit garçon qu'elle ne reverra pas avant longtemps. On est en 1912+1, comme disent ses futurs employeurs, un peu superstitieux sans doute, les gérants d'une pension parisienne dont la jeune femme sera la nouvelle bonne.

L'établissement a visiblement connu des jours meilleurs et une clientèle plus select. De la `Villa des roses´, il reste aujourd'hui les épines d'un bâtiment partiellement en ruines et les pétales séchés d'une atmosphère décatie mais cosmopolite, d'ailleurs on n'y parle qu'anglais. C'est que les gérants sont Britanniques et, en dépit des circonstances, ils continuent d'exercer une certaine autorité sur leur personnel.

Docile, Louise se plie aux règles d'un autre âge, d'un autre lieu, d'un autre rang. Par éducation? par respect? Par chagrin qui rend ses traits d'autant plus délicats.

GRAND MEAULNES

Si tous les pensionnaires se réjouissent de l'arrivée d'une jeune femme dans la villa, l'un d'entre eux n'entend pas en rester là. Étalagiste pour un grand magasin, Richard Grünewald est aussi peintre à ses heures perdues et séducteur en permanence. Il voit en Louise un charmant modèle mais aussi un challenge. Comment séduire un coeur triste? Comment allumer un sourire sur ce visage éteint? La tâche n'est pas à la portée du premier séducteur venu et Grünewald de se concentrer sur son objectif.

Cette `Villa des roses´ de Frank Van Passel exhale un parfum rare qui vient de loin, du côté du `Grand Meaulnes´. Des essences romantiques d'une pureté incandescente, voilà, sans doute, la fragrance de Louise qui ne pourrait en supporter d'autres.

BOULE DE NEIGE EN VERRE

Le réalisateur Frank Van Passel partage, semble-t-il, ce goût, tant il capte cette passion intérieure, tellement discrète et intense. Tant il l'exprime en cinéaste avec, d'une part, une direction d'actrice sans faille, Julie Delpy est atonale et vibrante à la fois, et d'autre part, une formidable puissance visuelle. Ainsi, lorsque Louise quitte la pension sous la neige, elle est comme au centre d'une boule de verre qu'on agite, dans un monde et des sentiments coupés de la réalité.Tout le film s'agite dans cette `réalité´ de boule de verre enneigée. L'époque, les personnages décalés, la langue anglaise au coeur de Paris, et surtout la photographie, superbe, créent une atmosphère que Frank Van Passel ne laisse jamais peser. Ainsi Louise a pour collègue une cuisinière d'un tempérament radicalement opposé au sien. Et Shirley Henderson de faire preuve d'une vitalité, d'un abattage impressionnants.`Villa des roses´ dégage un parfum particulier, une émotion plutôt rare, dépourvue de sensiblerie et de romantisme dévoyé. Malheureusement, l'absence d'une ou deux scènes clefs - il ne faut pas confondre ellipses et trous de scénario - et une fin qui patine engourdissent le film, font virer son odeur enivrante au renfermé.

© La Libre Belgique 2002