Cinéma Teresa Villaverde impose sa voix à la Berlinale avec "Colo", tandis que Volker Schlöndorff ne séduit pas. 

Les bonnes surprises continuent d’être au rendez-vous à la Berlinale. Notamment hier soir avec "Colo", le sixième film de Teresa Villaverde. Active depuis le début des années 90, la cinéaste portugaise s’était fait remarquer à la Quinzaine des réalisateurs en 2011 avec "Cisne". La voilà cette fois en lice à la 67e Berlinale avec l’un des films les plus aboutis de la Compétition.

Un vrai univers cinématographique

Inscrit au cœur de la crise économique qui frappe le Portugal depuis 2008, "Colo" ausculte le quotidien d’une famille vivant dans la banlieue de Lisbonne. Au chômage et sans guère d’espoir de retrouver un job, le père passe ses journées à tourner en rond dans un petit appartement. Forcée d’accepter deux travails pour subvenir au besoin de la famille, la mère est au bord de la crise de nerfs. Leur fille de 17 ans, elle, accepte tant bien que mal cette situation où la moindre dépense doit être mûrement réfléchie…

Ce qui frappe dans "Colo", c’est la capacité de Teresa Villaverde à donner corps à ses personnages à travers leurs gestes quotidiens, leurs façons d’agir et de réagir. Presque apathiques face à la dureté de la situation qu’ils vivent, ils ne perdent néanmoins jamais leur dignité. Ils tentent tant bien que mal de rester debout dans la tempête qui s’est abattue sur eux.

Si Teresa Villaverde aborde la question de la paupérisation de la classe moyenne portugaise, elle n’est jamais dans la démonstration sociologique ou le récit documentaire. Car à chaque plan, "Colo" est avant tout du cinéma. Cadres stricts, images soignées, acteurs dirigés avec beaucoup d’exigence… Tout concourt à créer un univers cinématographique fort, porteur d’une part de mystère. Car jamais on ne sait réellement vers où va nous mener la cinéaste portugaise durant les 2h10 d’un très beau film qui pourrait figurer en belle place au palmarès.

Schlöndorff retrouve l’Amérique

En 2014, Volker Schlöndorff avait fait un retour remarqué à la Berlinale en présentant hors Compétition "Diplomatie", confrontation historique de haut vol dans le Paris occupé entre André Dussollier et Niels Arestrup. Deux ans plus tard, le cinéaste allemand est cette fois en Compétition avec "Retour à Montauk". Il eut sans doute mieux valu pour lui que ce soit l’inverse.

Sans être déshonorant, le dernier film du cinéaste allemand est en effet assez mineur dans sa filmographie. A 77 ans, l’auteur du "Tambour" retrouve ici une Amérique qu’il a filmée à plusieurs reprises (notamment dans "La mort d’un commis voyageur" avec Dustin Hoffman) pour raconter les retrouvailles à New York d’un romancier suédois avec un ancien amour, le temps d’un week-end à Montauk, hameau situé tout à l’est de Long Island.

Le face-à-face entre Stellan Skårsgaard et Nina Hoss fonctionne plutôt bien mais il manque un petit quelque chose à Schlöndorff pour parvenir à transcender cette thématique universelle, celle des regrets que l’on peut avoir lorsque l’on retrouve, des années plus tard, un fantôme de son passé…

Décidément, nul n’est prophète en son pays. Alors que Cannes résonne encore du "Toni Erdmann" de Maren Ade, les trois films allemands montrés à Berlin ("Retour à Montauk", "Beuys" et "Bright Nights") sont, pour l’instant, les plus faibles de la Compétition.