Cinéma A l’heure du complot et des fake news, un film aborde le sujet de l’angle adéquat, démontrant que ceux qui nient l’holocauste, falsifient leurs preuves.

Combien y a-t-il de procès du siècle par siècle ? Le titre est usé et pourtant le procès est essentiel, au XXe comme au XXIe car la question du négationnisme est d’autant fondamentale à l’ère des fake news.

Professeur d’histoire dans une université américaine, Deborah Lipstadt a consacré sa vie à ce sujet. Scientifiquement et pédagogiquement, en allant au contact des jeunes dans les collèges. Quand, un jour, un virulent négationniste l’attaque en diffamation pour avoir ruiné sa carrière.

La manœuvre est habile, la plainte ayant été déposée en Angleterre, il s’agit pour le plaignant de mettre l’holocauste en jugement. Les avocats britanniques tentent de faire comprendre à leur cliente américaine qu’il s’agit là du piège dans lequel, il ne faut pas tomber. Le seul objectif à poursuivre est de confondre le prétendu historien, de prouver que les pièces utilisées par cet individu pour sa démonstration négationniste sont intentionnellement déformées, tronquées, manipulées.

Aujourd’hui encore, la théorie du complot aidant, le négationnisme est loin d’avoir disparu. Le film n’est malheureusement pas obsolète et aborde le sujet d’un angle adéquat : montrer comment ceux qui nient l’holocauste, falsifient les pièces de leur démonstration.

Paradoxalement, cette démarche froide, scientifique, est insupportable aux yeux de Deborah Lipstadt car les survivants n’ont pas voix au chapitre.

Pourquoi ?

Pour contourner la stratégie du détail. Si au cours de l’interrogatoire, le négationniste parvient à isoler un détail du témoignage du survivant, un point qui n’est conforme à la vérité - exemple un survivant affirme que douze escaliers menaient à la chambre à gaz alors qu’on peut en compter 16 sur une photo - il s’en servirait pour enfoncer le témoin, pour nier la véracité de son récit, et dans la foulée, l’holocauste lui-même.

Il en résulte un film très technique et procédurier sur le plan du droit britannique. Très scientifique quant à l’interprétation des preuves. Très stressant à propos de la frustration de l’héroïne. Très anglais sur le décorum entourant la justice. Au final, un film volontairement froid sur un sujet poignant.

Avec ou sans perruque, Tom Wilkinson régale alors que Timothy Spall compose avec intensité un personnage torturé par la mauvaise foi et le racisme. On reste étonné du choix de l’Anglaise Rachel Weiss pour incarner la parfaite Américaine, avec talent, évidemment. Mick Jackson, dont on ne se souvient plus qu’il a réalisé "Bodyguard", livre un film sobre, un rien appuyé. Le prix, sans doute, d’une certaine efficacité.


© IPM
Réalisation : Mick Jackson. Avec Rachel Weisz, Timothy Spall, Tom Wilkinson… 1h50.