Cinéma Un film d’action nationaliste devient le plus grand succès en Chine.

Celui qui offense la Chine sera poursuivi aussi loin qu’il le faut." Le slogan de "Zhang Lang 2" ("Wolf Warrior 2") témoigne de son sous-texte nationaliste. Et ça marche : ce film réalisé et interprété par Wu Jing vient de battre le record historique de recettes en République populaire de Chine.

Moins de trois semaines après sa sortie, ce film d’action a récolté près de 4 milliards de yuans (510 millions d’euros), dépassant le record précédent détenu par "The Mermaid", une comédie écologique sino-hongkongaise qui avait généré l’an dernier 3,39 milliards de recettes sur la même durée. Selon les analystes, le film pourrait récolter le double d’ici la fin de son exploitation, ce qui en ferait, de loin, un succès historique - dépassant même les plus profitables blockbusters hollywoodiens.

Dans ce "Rambo" à la sauce chinoise, Leng Feng, un ancien membre des forces spéciales chinoises, se retrouve dans une zone de guerre en Afrique, où il secourt des compatriotes ainsi que des populations locales menacées par des rebelles et des mercenaires occidentaux - dont le chef est interprété par l’acteur américain Frank Grillo (vu dans des seconds rôles dans la série "Prison Break" ou la saga "Captain America").

Eté patriotique

"Wolf Warrior 2" en devient du coup le reflet des velléités de puissance mondiale de la Chine. La sortie du film, sur quelque 140 000 écrans, coïncide avec le 90e anniversaire de la fondation de l’Armée rouge, marqué par un défilé militaire tout à la gloire du secrétaire général du Parti communiste et président chinois Xi Jinping.

Un autre film nationaliste, "The Founding of an Army", qui raconte la genèse de l’Armée rouge, est également sorti sur les écrans, avec une kyrielle de stars chinoises à l’affiche. Pour accompagner cet élan nationaliste, les cinémas chinois diffusent depuis le 1er juillet de brèves annonces politiques faisant l’éloge des "valeurs socialistes" et du "rêve chinois".

Après la performance de "The Mermaid", "Wolf Warrior 2" témoigne aussi de l’impact grandissant du cinéma chinois sur son propre territoire, face aux productions hollywoodiennes. Economiquement, le marché du cinéma chinois est en passe de devenir le premier du monde. On estime que dans dix ans, le pays représentera à lui seul 40 à 50 % des recettes mondiales. C’était déjà le cas, début 2017, pour les dix premiers films du box-office mondial - alors que les recettes cumulées de ces productions (majoritairement américaines) aux Etats-Unis ne représentaient qu’un dixième du total.

Ambassadeur musclé

Pour pénétrer ce marché, les producteurs américains sont d’ailleurs contraints d’intégrer dans leur distribution des comédiens locaux et d’avoir des partenaires chinois. Ce fut le cas ces dernières années pour "Kong : Skull Island", "Pacific Rim", "La Grande Muraille", les derniers opus de "Transformers" ou "Star Trek", ou le récent "Valérian et la cité des mille planètes" (30 % d’EuropaCorp, la société de Luc Besson, sont détenus par des Chinois).

Mais les producteurs chinois, comme le démontre "Wolf Warrior 2", développent leurs propres franchises grand public. Entre un Vin Diesel jouant les gros bras dans "Fast & Furious 8" ou un nouveau Jackie Chan comme Wu Jin, le choix du spectateur chinois est vite fait…

Situer l’action de "Wolf Warrior 2" en Afrique reflète aussi une réalité géopolitique. Ce continent connaît la plus importante croissance démographique. Outre le fait qu’il s’agit d’un marché potentiel pour le cinéma de demain, la Chine y multiplie les investissements et partenariats, notamment pour garantir ses accès aux matières premières et aux énergies fossiles.

Envoyer un ex-soldat d’élite sauver la population d’un Etat africain des griffes de mercenaires occidentaux n’est pas plus caricatural ou propagandiste que tout un pan du cinéma d’action hollywoodien. Comme Rambo du temps de Ronald Reagan, Leng Feng se fait l’ambassadeur musclé de l’idéologie du président Xi Jinping. Son slogan pourrait être "Make China Great Now".


Wu Jing, un nouveau Jackie Chan

Précoce. Né à Pékin en 1974, le réalisateur, acteur et artiste des arts martiaux Wu Jing n’est pas un inconnu des spectateurs chinois. Il pratique les arts martiaux depuis l’âge de six ans. Comme Jet Li avant lui, il fait des compétitions dans l’équipe de wushu (l’art martial chinois) de Pékin. Il fut repéré par le célèbre chorégraphe de combat Yuen Woo-ping (qui a dirigé les séquences d’art martial de "Matrix", "Tigre et Dragon", "Kill Bill"…) qui lui a permis de débuter dans le cinéma, à Hong Kong. Il a acquis la renommée en 2006 avec le film "Fatal Contact" et a joué en 2008 dans "La Momie 3", son premier film américain. Après avoir partagé l’affiche avec la superstar chinoise Jackie Chan en 2011, il a signé en 2015 la réalisation du premier volet de "Wolf Warrior", déjà succès public en Chine.