Cinéma

RENCONTRE

Ce n'est pas le Fort-Jaco, mais c'est à Uccle quand même que réside aujourd'hui Jaco Van Dormael. Le réalisateur est de retour dans l'actualité avec la sortie en DVD d'une édition spéciale de «Toto le héros», Caméra d'or à Cannes en 91 et film clef dans l'histoire du cinéma belge. C'était aussi l'occasion de faire le point sur son nouveau projet, attendu impatiemment depuis «Le 8e jour».

Quel souvenir gardez-vous de «Toto le héros»?

Même avec le décalage des années, je ne pourrai jamais être le spectateur de ce film-là. Je me souviens de chaque raccord, c'est le nez au milieu de ma figure. Mais je suis agréablement surpris de l'aimer toujours, de le trouver moderne. Quand il est sorti, on disait qu'il avait un rythme super rapide. Maintenant, c'est normal, car le rythme du cinéma a accéléré. Le côté «recherche» du film de l'époque a aussi disparu.

Forcément, il a servi de modèle à beaucoup d'autres réalisateurs. Comme Jean-Pierre Jeunet dans «Amélie Poulain», par exemple.

Oui, c'est vrai, mais «Toto» a, lui aussi, puisé dans les films qui l'ont précédé. C'est vrai qu'après voir vu «Toto», Jeunet m'a dit que cela lui avait donné l'envie de faire un film avec une voix off. A l'époque, la voix off était démodée.

On gardait de «Toto», le souvenir d'un film plutôt gai, à la poésie enjouée à la Trenet, avançant l'idée que les âges principaux de la vie étaient l'enfance et la vieillesse. En le revoyant, on est surpris par le côté tragique du film, et l'âge adulte n'y est pas si négligé.

C'est sûr que les deux dimensions, comique et tragique, s'y trouvent. Moi, aussi, au moment où je le tournais, l'âge adulte me semblait le moins intéressant. Parce que j'avais un recul sur l'enfance et les vieux me fascinaient. L'âge adulte, bof! Maintenant, je me rends compte qu'il passe si vite et je commence aussi à trouver que c'est pas mal. C'est cela qui est fascinant. Le vrai film, c'est celui avec lequel on part en quittant la salle, celui qui, 15 ans après, est toujours inscrit dans les neurones. Le plus beau support d'un film ce n'est pas la salle, le DVD, ce sont les cellules humaines.

On ne peut jamais savoir si ces cellules seront impressionnées?

Ou chez qui? Il y a des films comme cela qu'on a vus pendant l'enfance, des films pas connus, qui n'ont laissé aucune trace dans l'histoire du cinéma mais bien dans l'histoire personnelle. On peut écrire un livre qui sera important pour 5 personnes et passera inaperçu pour les autres. Mais c'est le seul but, partager des expériences de vie, c'est à cela que ça sert.

Dans les bonus, on voit votre méthode d'écriture, de décantation à partir de milliers de fiches.

Il faudra que je trouve une autre méthode, car je voudrais réaliser plus que cinq films. En même temps, le travail de scénariste est formidable, on est là tout le temps, on peut élever ses enfants, car on est présent quand ils rentrent de l'école.

A quel stade en êtes-vous pour le prochain?

Il ne s'appelle plus «La théorie du chaos» mais «Mr Nobody». Le scénario est fini. On fait les repérages et les adaptations nécessaires pour le rendre réalisable économiquement. Ce sera une grosse production, car le film est long, environ trois heures, et il brasse tout.

Quel est le sujet?

La multitude des vies qu'on pourrait avoir. On pourrait être quelqu'un et aussi quelqu'un d'autre. Apparemment, ce serait différent, mais fondamentalement ce serait la même chose. C'est sur la fragilité de ce que l'on vit. Des parties se déroulent sur Mars, d'autres dans la préhistoire. Ce sont les interactions sur les multitudes de vies possibles. Il y a aura un acteur principal mais beaucoup de scènes, de décors, de genres...

Quand rencontrera-t-on ce «Mr Nobody»?

La préparation va démarrer à l'automne. Tournage probablement à partir de mars de l'année prochaine. 28 semaines de tournage mais en trois blocs, avec des interruptions. Le montage est complexe, il sera donc long. Ce sera prêt en 2008.

© La Libre Belgique 2005