Cinéma

La tribune "Les acteurs français sont trop payés !" a ouvert la boîte de Pandore du système de financement du cinéma français. Compilation de certaines réactions de professionnels, connus et moins connus, qui se répondent par blogs interposés.

"L'attaque de Vincent Maraval est facile."
Serge Toubiana, Directeur de la Cinémathèque française

"Maraval est un professionnel du cinéma connu et respecté, il pèse lourd dans la production et la distribution de films et la vente de films français à l’étranger. Il est donc à peu près certain que son texte fera non seulement polémique - elle a d’ailleurs déjà commencé - mais des ravages dans les sphères du pouvoir politique, et parmi les ténors de l’industrie du cinéma. [ ]."

"L’attaque de Vincent Maraval est facile [ ]. A le croire, nos stars seraient mieux payées que les acteurs américains, dont les films ont un rayonnement commercial autrement plus large car distribués dans le monde entier. La "valeur marchande" des acteurs français serait davantage fixée par le marché audiovisuel (les télévisions publiques et privées) que par le marché du cinéma [ ]. D’où l’inflation des cachets et des coûts, et plus globalement le surfinancement des films."

"[ ] Certes, les films français sont trop chers. Le coût moyen d’un film (5,4 millions d’euros) devient exorbitant, mais cela n’est pas seulement dû aux cachets des acteurs. Pourquoi ne pas parler de celui des producteurs, par exemple des 10 % d’imprévus qui pèsent sur chaque film, calculés sur la totalité du budget, salaires des acteurs inclus ? S’il y a inflation des prix, elle se répartit logiquement sur tous les postes de production des films."

"Mais le plus grave, à mon sens, c’est que le coup de balai de Maraval risque de montrer du doigt tout le système de financement du cinéma français, qui fonde son "exception culturelle" [ ] Les politiques auront beau jeu de remettre en cause tout l’arsenal juridique mis au point depuis de longues années pour protéger la production française, avec les résultats que l’on connaît : plus de 200 films français produits chaque année, une part de marché non négligeable [ ]. Comment, après un tel article, aller plaider la cause de l’exception culturelle devant la Commission de Bruxelles, toujours prompte à rabattre le cinéma sur une économie libérale dépourvue de tout système de protection et d’incitation ? [ ]"

"[ ] Les seuls exemples donnés dans son texte sont les "grosses machines", "Astérix", "Pamela Rose", "Stars 80", "Le Marsupilami", "Populaire" ou "La vérité si je mens 3", qui font souvent plouf à l’étranger. Heureusement, le cinéma français ne se résume pas à ces films trop chers et, selon Maraval, déficitaires. Heureusement, il y a "Holy Motors" [de Leos Carax], "Après Mai" [d’Olivier Assayas], "Camille redouble" [de Noémie Lvovsky] ou "Vous n’avez encore rien vu" [d’Alain Resnais], parmi beaucoup d’autres films français, qui ne tombent pas sous le jugement prononcé par Maraval, et qui sont des œuvres qui resteront. Toute œuvre véritable naît à partir de contraintes. Le débat est ouvert et chacun va y aller de sa contribution. Risque d’une grande pagaille. Mais il est urgent de retrouver le sens de l’équilibre, sans quoi le cinéma français sera saisi d’un grand vertige."

Nécessaire polémique

Cécile Choumiloff, habilleuse Réaction à Serge Toubiana

"Moi, petite inconnue, je parle et ne serai jamais entendue M. Maraval parle et il est entendu Pourquoi se tairait-il alors qu’il a le pouvoir de parler ? Et c’est à vous, vous tous qui avez de l’appui, une place qui devez défendre le système français devant Bruxelles. Et, oui, je ne trouve pas normal le fait qu’une actrice soit payée 11000 € la semaine alors que le régisseur stagiaire est payé 400 € semaine Qu’il travaille nuit et jour pour une telle somme. Que le producteur lui demande de prendre la voiture pour aller je ne sais où chercher ou emmener je ne sais quoi après qu’il ait dormi seulement 3/4h Mais vous comprenez, il a tellement de chance de travailler dans le cinéma Et oui une polémique est sûrement nécessaire, et c’est à VOUS TOUS, producteurs, acteurs, personnes publiques de faire quelque chose de celle-ci. [ ]"

Des cachets divisés par deux

Sam Karmann, comédien sur le mague.net

"Combien sont-ils ces bancables ? Entre 3 et 5 par génération. Car les autres, tous les autres, les acteurs pas vedettes, les petits, les moyens, les sans-grade à l’échelle du box-office, les 20 000 autres, intermittents, qu’ils soient inconnus ou même un peu connus voire reconnus du grand public [ ], savons que nos cachets ont été divisés pas 2 depuis les années 2000. Et je ne parle pas de l’écrasante majorité des acteurs qui composent les listes artistiques des films et qui sont payés moins de 1000 €/jour. A la télévision [ ] ne pouvant baisser la grille des salaires des équipes techniques protégés par une convention collective forte et respectée, on a non seulement divisé le montant mais également diminué le nombre des cachets en augmentant le temps de travail de leurs journées. On tourne soi-disant un 52’ en 10 ou 11 jours, mais en comptant les heures sup on tourne entre 12 et 14 jours avec les acteurs en tête de casting considérés comme "bien payés" qui tournent 10 voire 12 heures par jour en abattant 5 à 7’ utiles par jour. (...)"