Cinéma Le Japonais Kyoshi Kurosawa signe son premier film européen.

Jean (Tahar Rahim) se rend à un entretien d’embauche dans un manoir en banlieue de Paris. Ancien photographe de mode acclamé, Stéphane (Olivier Gourmet) s’est enfermé dans son atelier depuis la mort de sa femme. Là, il peaufine sa technique fétiche : des daguerréotypes grandeur nature, exigeant de très longs temps de pose. Pour l’aider à manipuler les immenses plaques photosensibles et à les développer, il a besoin d’un assistant. Jean ne connaît rien à la photo mais se montre motivé. Et tombe rapidement sous le charme de la jolie Marie, la fille de l’artiste (Constance Rousseau)…

Les cinéastes asiatiques qui se sont essayés au cinéma français s’y sont souvent cassé les dents, les deux univers cohabitant difficilement. Il suffit de penser au "Voyage du ballon rouge" d’Hou Hsiao-Hsien ou à "Visage" de Tsai Ming-liang. Kyoshi Kurosawa s’en sort plutôt bien. Très suivi en France depuis ses premiers films d’horreur ("Cure", "Kaïro"…), encensé avec "Shokuzai" en 2012, le Japonais a reçu carte blanche pour imaginer ce scénario alliant subtilement références occidentales et orientales.

Avec son atmosphère raffinée, "Le mystère de la chambre noire" rend hommage au gothique européen. A travers la question de la représentation artistique et de la mort, on pense en effet au "Portrait de Dorian Gray". Campé par un Olivier Gourmet peut-être un peu trop physique pour le rôle - on ne comprend pas pourquoi Kurosawa ne lui a pas préféré Mathieu Amalric, réduit ici à la figuration -, ce photographe tente en effet, littéralement, d’immortaliser sa femme, puis sa fille, sur ses daguerréotypes. L’idée est pleine de promesses, plutôt bien tenues. Dans un film fantastique qui ne joue pas sur la peur mais sur le mystère, sur l’impossible frontière entre la vérité et la fiction, entre la vie et la mort. Car, les fantômes ne sont pas ici maléfiques (comme ceux du cinéma d’horreur japonais) mais au contraire bienveillants…

Porté par une mise en scène d’une grande beauté, "Le mystère de la chambre noire" est un film élégant dans son étrangeté, qui transporte le spectateur dans un monde en suspens entre la raison et la folie. Trop long (notamment toute l’intrigue immobilière autour de la propriété de l’artiste), le thriller parvient néanmoins à tenir en haleine. Notamment grâce à la prestation, tout en délicatesse, de Tahar Rahim. Et à la douceur, parfois un peu maniérée, de Constance Rousseau, découverte chez Mia Hansen-Love et qui trouve ici son premier grand rôle en jeune fille au visage spectral.


Scénario & réalisation : Kyoshi Kurosawa. Avec Tahar Rahim, Olivier Gourmet, Constance Rousseau, Malik Zidi, Mathieu Amalric… 2h11.