Cinéma

Le souffle volé est un documentaire sur l’amiante. Mélangée au ciment, cette fibre est la base d’un produit miracle dans la construction jusqu’à la prise de conscience de sa dangerosité. Une seule fibre peut déclencher trois maladies mortelles, dans les 5 ans, 10 ans, 20 ans, 40 ans.

À Kapelle-op-den-Bos dans le Brabant flamand où l’usine-mère Etex-Eternit donne du travail des centaines de personnes, ce sera l’hécatombe. Parmi les travailleurs, bien sûr, mais aussi la population qui baigne dans l’amiante déchargé des péniches, recouvrant les chemins de campagne, omniprésente sur les toits et dans les écoles.

L’amiante étant bannie en Europe à la fin des années 90, la société Eternit s’est redéployée sur les autres continents et notamment en Inde. Avec un cynisme incroyable, elle y a perpétué son business comme si de rien n’était, sans prendre la moindre mesure de prévention pour son personnel, sans prévenir la population locale du danger, en se débarrassant de ses tonnes de déchets toxiques à ciel ouvert.

Efficace, argumenté, Le souffle coupé est un documentaire d’information sur le combat de citoyens contre une multinationale, mais ce n’est pas vraiment du cinéma, faute de style, d’un regard personnel. Celui-ci semblait évident au départ puisque Daniël Lambo, le réalisateur, a grandi à Kapelle-op-den-Bos et que son père était délégué syndical dans l’entreprise Eternit. Pourquoi celui-ci ne l’a-t-il jamais mis en garde ? Pourquoi ne l’a-t-il pas empêché d’y faire ses jobs d’étudiant ? Comment expliquer la loyauté d’une localité à l’égard d’une entreprise qui a décimé ses habitants ? Autant de questions qui auraient pu, auraient dû, constituer un sujet parallèle à une enquête journalistique. Celle-ci, par ailleurs, souffre de l’absence d’un témoignage de l’intérieur de cette société mortifère.

Documentaire de Daniël Lambo, 1h19.

© IPM