Cinéma

On l'attendait au tournant après son premier film "J'ai tué ma mère", récit d'un matricide fantasmé encensé par la critique. Le très jeune Québécois Xavier Dolan -21 ans- revient à Cannes avec une histoire douce-amère d'amours contrariées, pleine d'un humour grinçant.

"Les amours imaginaires", présenté samedi dans la catégorie Un Certain Regard, conte la déconvenue de Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri), deux amis qui s'entichent du même jeune homme rencontré lors d'un dîner.

Chacun d'entre eux, en quête du grand amour et d'un corps auprès duquel "se réchauffer l'hiver", croit percevoir des signaux engageants de la part du jeune Adonis blond. S'engage alors une lutte sourde pour le conquérir, qui menace leur équilibre et leur amitié.

"C'est un amour imaginaire et douloureux. Ces deux personnages, extrêmement vulnérables, sont, comme beaucoup de personnes, amoureux d'une idée, pas d'une personne. Ils aperçoivent au loin un mirage et ils courent s'abreuver à la source", explique Xavier Dolan.

Pour accentuer l'aspect vécu de son récit, le réalisateur le truffe des témoignages tragi-comiques d'autres déçus de l'amour: des jeunes femmes et des jeunes hommes transis, trahis ou pétrifiés face à l'objet de leurs désirs. "C'était une ponctuation intéressante, un point de vue extérieur qui vient désamorcer la névrose des personnages et étayer leur propos", dit Xavier Dolan.

Le réalisateur qui filme la détresse de ses acteurs en gros plan, les suivant de dos, parce que "c'est le paroxysme de la vulnérabilité". L'actrice Monia Chokri campe une Marie émancipée et esseulée. Dissimulée derrière une panoplie des années 1950, un rouge à lèvres agressif et la fumée de ses cigarettes, elle couche avec des hommes en ne rêvant que d'un seul.

Francis, beau garçon silencieux, est tout aussi fragile. Il n'arrive pas à dire ses sentiments, lui qui, tel Robinson Crusoë, comptant les jours passés sur son île, tient le décompte exact du nombre de fois où on l'a repoussé. Si la souffrance et la douleur sont au coeur du film, le rire affleure en permanence, grâce aux dialogues écrits par Dolan.

"La vie que je connais, ce sont des moments d'absurdité loufoque malgré les déchirures. Il y a beaucoup d'humour dans ce film et ce sera probablement toujours comme ça dans ce que j'écrirai", affirme le jeune homme. Découvert l'an dernier à la Quinzaine des réalisateurs, Xavier Dolan y avait raflé trois prix. Il prépare sa troisième réalisation : une nouvelle histoire d'amour, "entre une femme et un homme qui veut devenir une femme".

"L'amour c'est ce que je connais, c'est ce que je suis à même d'observer avec le plus de variété", dit-il.