Cinéma

Indigènes", l'année dernière en compétition - et avec un prix d'interprétation collectif à la clé -, "Voleurs de chevaux", de Micha Wald, à la Semaine de la Critique cette année : la société liégeoise Versus Production prend ses quartiers à Cannes.

"Dessiner les contours du cinéma de demain" : sur le site de Versus, la déclaration peut paraître ambitieuse, voire prétentieuse, mais il faut bien admettre qu'en moins de huit ans, Versus a su s'y conformer. Fondée en 1999 par Olivier et Jacques-Henri Bronckart, Versus aligne pas moins de quatre auteurs qui comptent dans son catalogue. Elle a produit "Ultranova", le premier film de Bouli Lanners, et prépare son second. Elle a sorti, la semaine dernière, le troublant "Cages", d'Olivier Masset-Depasse. Micha Wald avait déjà remporté, à Cannes, un prix pour son court métrage "Alice et moi". Et Versus a signé, cette année, pour le nouveau film de Joachim Lafosse, révélé au grand public avec "Nue Propriété", qui commencera le tournage de "Révolte intime" en septembre.

"Chacun a des affinités ou un style très différent. S'il faut trouver un lien entre les auteurs que nous suivons, nous résumait Jacques-Henri Bronckart en octobre, c'est l'expression d'un univers le plus subjectif et le plus personnel possible". C'est le cinéma d'Hal Hartley qui lui a fait prendre conscience qu'il y avait moyen d'allier modernité à la liberté formelle et thématique de la Nouvelle Vague. Son frère Olivier et lui se font la main chez d'autres avant de prendre leur envol. Olivier travaille d'ailleurs encore pour Les Films du Fleuve, la société de production des autres frères liégeois, les Dardenne. "Olivier, qui a toujours été le plus scientifique, s'est formé à la gestion. Moi, je suis plus dans le développement, la création", précise Jacques-Henri.

Crédibilité

Le succès de "Indigènes", l'année dernière, a consolidé la crédibilité de Versus sur le marché international. Même si sa part n'était que de 10 pc dans le budget total, ce fut un apport décisif pour le film. "C'est vrai que, extérieurement, c'est un sujet et un film français, mais c'est important d'être présent sur un film d'une telle ampleur", notait le producteur à l'époque. La sélection de "Voleurs de chevaux", à la Semaine de la Critique, est évidemment réjouissante, d'autant plus que ce film d'aventure, situé en Ukraine au milieu du XIXe siècle, est un sacré pari. "Cannes reste évidemment LE rendez-vous de l'année parmi tous les festivals de cinéma. C'est un bon tremplin pour mettre le film sur le marché. [...] En discutant avec les vendeurs, on s'aperçoit que la Semaine offre une très bonne visibilité - le film y passe trois fois. Il y a seulement sept films dans sa compétition et la Caméra d'or en est systématiquement sortie ces dernières années."

Fort de leur développement, les deux frères Bronckart ont créé, il y a un an, leur propre société d'intermédiaire de tax shelter, Inver Invest, une démarche "pragmatique" qui leur permet d'être plus autonomes et de mieux contrôler les montants levés grâce à ce mécanisme fiscal désormais primordial dans la production belge. Versus continue, par ailleurs, de chercher de nouveaux auteurs en produisant des courts métrages avec, là, l'émergence de talents féminins, comme Virgine Gourmel qui a signé "Aïe" et prépare "L'homme cerf", ou Delphine Noels dont le "Ni oui ni nom" a été remarqué au dernier Festival du court métrage de Bruxelles.