Cinéma Envoyé spécial à La Rochelle

Les festivals se suivent et ne se ressemblent pas (toujours). Un mois et demi après celui de Cannes, il est de tradition, en France, d'oublier les strass et les paillettes de la Croisette pour la convivialité et la tranquillité du Festival international du film de La Rochelle.

Sans compétition ni marché, il attire, certes, moins les projecteurs et les stars, mais n'en reste pas moins un rendez-vous majeur des cinéphiles avertis, avec ses quelque trois cents films, tous genres confondus, et autant de séances réparties sur dix jours.

Avec son lot d'invités, pour certains prestigieux - cette année, Carole Laure, Raymond Depardon, Mike Leigh et toute la famille Stévenin ont fait le déplacement -, le Festival de La Rochelle est d'abord une fête du cinéma destinée au public.

L'année dernière, sa trentième édition avait comptabilisé 80 000 entrées. Celle de 2008 ne devrait pas être en reste, malgré un temps radieux : il faut voir les files devant les cinémas dès 10 h 30 du matin.

Passé, présent et futur

C'est que, dans la vieille cité charentaise, cinéphilie ne rime pas avec ennui. Alliant passé et présent, avec aussi un oeil sur demain, la programmation donne le vertige. S'y bousculent figures historiques - Erich von Stroheim, Joseph von Sternberg, Nicholas Ray... - et auteurs majeurs des trente dernières années : on peut voir ou revoir presque toute l'oeuvre de l'Allemand Werner Herzog, du Britannique Mike Leigh, du Français Raymond Depardon ou de la Libanaise Danielle Arbid - qui, à moins de quarante ans, présente déjà une oeuvre dense, entre mémoire et souvenirs intimes, qui suit les déchirures religieuses, politiques et humaines du Moyen-Orient (reprogrammer ces temps-ci en Belgique son "Aux frontières" pourrait faire oeuvre de salubrité publique).

On mesure le flair de Prune Engler, déléguée générale, et Sylvie Pras, directrice artistique du Festival, au regard du focus consacré à "L'effervescence du cinéma belge francophone" - 23 oeuvres sélectionnées dans la production des cinq dernières années.

Programmer Bouli Lanners, Joachim Lafosse et le trio Dominique Abel - Fiona Gordon-Bruno Romy pour en témoigner paraît une évidence, un peu plus d'un mois après que Cannes ait mis les Belges à la fête. Oui, sauf que le Festival de La Rochelle avait prévu la chose bien avant... "Cela faisait quatre ou cinq ans que l'on souhaitait consacrer une programmation aux cinéastes belges de la génération post-Dardenne", explique Prune Angler, déléguée générale du Festival de la Rochelle.

"Les premiers contacts remontent à près d'un an", précise Philippe Nayer, directeur du Centre Wallonie-Bruxelles de Paris, la vitrine de la culture francophone belge et l'ambassade des réalisateurs belges dans l'Hexagone. "Le parti pris était de choisir parmi les réalisateurs ayant signé leur premier long métrage après 2002." Le Festival de La Rochelle voulait en réalité consacrer une programmation belge dès l'année dernière, mais l'équipe du Centre Wallonie-Bruxelles leur a conseillé d'attendre la cuvée 2008.

Un cinéma "TSN" et "TPG"

L'accueil réservé à Cannes à "Rumba" (Abel/Gordon/Romy), "Elève Libre" (Lafosse) et "Eldorado" (Bouli Lanners) offre évidement à la rétrospective rochelaise une rare pertinence, portée par la sortie dans les salles françaises du dernier. Comme La Rochelle ne fait pas les choses à moitié, on peut voir l'intégralité de l'oeuvre des cinéastes, courts métrages compris - notamment "Scarface", unique documentaire de Lafosse, réalisé en 2001 pour le magazine "Strip-Tease", et "Je vous attendais", travail en atelier avec des acteurs. Martine Doyen ("Komma") et Olivier Smolders ("Nuit noire") complètent ce regard avisé sur la diversité du cinéma francophone belge.

Un cinéma que Philippe Suinen, l'infatigable directeur général du Commissariat général aux relations internationales de la Communauté Wallonie-Bruxelles, a tenu à labeliser à La Rochelle comme "TSN" et "TPG". "Tout sauf le nationalisme" et "Tout pour le génie".

Sur les écrans, les festivaliers ont apprécié : applaudissements - et pas seulement de pure forme - à toutes les séances.

Rens. : Web www.festival-larochelle.org.