Les cent jours du Rwanda

A.Lo. Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Le 11 avril 1994, quatre jours après l'attentat qui coûta la vie au président rwandais Habyarimana et qui devait plonger le Rwanda dans le plus brutal et le plus rapide génocide de l'Histoire, Paul Rusesabagina se retrouve en chargede l'hôtel des Mille Collines à Kigali, propriété de la Sabena. Bien malgré lui, ce manager marié à une Tutsie, se retrouve bientôt en chargede 1268 réfugiés. Cent jours durant, il va déployer ruse, diplomatie et ingéniosité pour les soustraire à la folie meurtrière des milices Interahamwés.

Cette histoire authentique ne pouvait qu'inspirer Terry George. Le scénariste de «In the Name of the Father» et «The Boxer» sait combien l'Histoire peut piéger les individus: Irlandais d'origine, il a passé trois ans dans une prison de Sa Majesté après avoir été arrêté en compagnie d'un ami, activiste nationaliste, en possession de deux armes. «Hotel Rwanda», son deuxième film après «Some Mother's Son», s'inscrit idéalement dans son parcours. A l'origine, le réalisateur voulait consacrer un film à la guerre civile qui ensanglante le Liberia depuis près de deux décennies. Mais en préparant celui-ci, il a entendu l'histoire de Paul Rusesabagina et décidé rapidement de l'adapter.«Hotel Rwanda» s'inscrit ainsi dans la lignée de «La déchirure» de Roland Joffé ou de «La liste de Schindler» de Steven Spielberg, films de mémoire à vocation didactique, partant d'une histoire individuelle poignante et remarquable pour accrocher le spectateur à l'Histoire. Au premier, Terry George emprunte son traitement sobre, sans voyeurisme, dans la représentation des faits. Il ne quitte jamais le point de vue de Paul, nous faisant partager ses angoisses, ses espoirs, son effroi face à une situation chaque jour plus désespérée, jusqu'à une unique scène de charnier qui, citant le film de Joffé, rappelle que les moissons de la haine se répètent d'un bout à l'autre du globe, profitant de l'impuissance ou de l'indifférence collective. George s'abstient toutefois de tout jugement plus précis sur les responsabilités.

Paradoxalement, cette production anglo-sud-africaine n'a pas offert le rôle de Paul Rusesabagina à un Rwandais. Mais l'Américain Don Cheadle y trouve enfin un premier rôle à la mesure de son talent. Il le sert avec toute l'humilité et la réserve requises, livrant une prestation sans faille d'un bout à l'autre, au service du message du film.

© La Libre Belgique 2005

A.Lo.

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