Cinéma Guillaume Nicloux signe un film de guerre envoûtant, sur la destruction de l’identité.

1945. Tout juste démobilisé de la Seconde Guerre mondiale, Robert Tassen (Gaspard Ulliel) se réengage en Indochine. A peine arrivé, il est le seul survivant d’un massacre mené par les Japonais, qui occupaient alors le Tonkin, dans lequel son frère meurt sous ses yeux. Recueilli dans la jungle par une petite fille indochinoise, qui soigne ses blessures dans son village, le jeune soldat français décide de venger son frère, en partant à la recherche du mystérieux Vo Binh, l’un des lieutenants d’Ho Chi Minh responsable du massacre. Pour ce faire, il tente de mener une escouade spéciale avec son camarade Cavagna (Guillaume Gouix).

Mais à mesure que les semaines passent, Tassen semble de plus en plus perturbé, entre son besoin de vengeance, son amour pour Maï, jeune prostituée indochinoise à la beauté envoûtante (Lang Khê Tran) et ses rencontres avec un vieil écrivain français qui s’intéresse mystérieusement à lui (Gérard Depardieu)…


Découvert avec Le poulpe en 1998, Guillaume Nicloux est longtemps resté fidèle au polar, qu’il soit noir (Cette femme-là, Une affaire privée…) ou plus fantastique (La clef). Depuis l’échec en 2013 de La religieuse (d’après Diderot et surtout après Rivette, et qui révéla la jeune comédienne belge Pauline Etienne), le cinéaste français s’est orienté vers des projets nettement plus audacieux, avec moins de budget mais une plus grande liberté formelle et de ton. Après l’improbable mais assez génial Enlèvement de Michel Houellebecq en 2013, Nicloux a entamé une collaboration fructueuse avec Gérard Depardieu dans Valley of Love, qui s’est poursuivie avec le très étrange The End (resté inédit chez nous) et désormais dans Les confins du monde.

Tout en signant une reconstitution historique soignée dans la moiteur de la jungle indochinoise, le réalisateur s’offre un film de guerre étrange, plus intéressé par la spiritualité et l’intériorité que par les combats. Comme Coppola dans Apocalypse Now, Nicloux interroge ici l’impact de la violence et de la barbarie sur la psyché d’un homme, à la recherche du mystérieux Vo Binh, qui se dérobe sans cesse sous ses pieds, tel le fameux colonel Kurtz. Pour une fois très convaincant dans ce rôle difficile, Gaspard Ulliel passe, d’un simple éclat dans l’œil, de la colère au désespoir ou à l’amour.

A travers la décomposition psychique de ce Robert Tassen, pris dans une relation d’amour-haine pour ce pays dont il ne sait plus s’il est en train de le défendre ou de le combattre, Les confins du monde interroge l’identité mais aussi, plus largement, l’histoire de la France, un empire alors au bord de l’effondrement.

Réalisation : Guillaume Nicloux. Scénario : Guillaume Nicloux & Jérôme Beaujour. Photographie : David Ungaro. Musique : Shannon Wright. Montage : Guy Lecorne. Avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Gérard Depardieu, Lang Khê Tran… 1 h 43.

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