Cinéma

Un feel-good movie féministe sur le droit de vote des femmes en Suisse.

Le dernier canton suisse à avoir ratifié le droit des femmes fut celui d’Appenzell Rhodes-Intérieures en… novembre 1990 ! Une décision anachronique même si en France et en Belgique, les femmes durent quand même attendre jusqu’en 1944 et 1948 pour pouvoir enfin voter. Bien longtemps après les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne mais aussi l’Arménie, la Russie, l’Azerbaïdjan ou la Hongrie. Tandis qu’il reste aujourd’hui encore un Etat à interdire à ses citoyennes de s’exprimer quel que soit le suffrage, le Vatican…

Dans son second long métrage, la réalisatrice suisse Petra Volpe a donc décidé de retracer la conquête de ses aînées. Et elle a la bonne idée de situer son récit non pas dans les communautés féministes de Zurich ou de Genève, mais bien dans un petit village des Alpes proche d’Herisau dans l’Appenzell Rhodes-Extérieures. Alors qu’en 1970, le monde vibre au rythme des Black Panthers, des manifestations contre la guerre au Vietnam, des communautés hippies ou des mouvements pour la libération sexuelle, on vit encore ici comme au début du XXe siècle ou presque.

Ainsi, Nora (Marie Leuenberger) s’occupe de la maison, de son mari menuisier et de leurs deux petits garçons. Elle voudrait retravailler mais son époux refuse, préférant qu’elle aille faire le ménage chez son père. Et sans son autorisation écrite de son mari, la jeune femme est coincée. Alors que s’annonce la votation fédérale du 7 février 1971 sur le droit de vote des femmes (où ne pourront s’exprimer que les hommes), Nora commence à se poser des questions. Et, presque malgré elle, voilà qu’elle devient la porte-parole des féministes au village. De quoi provoquer l’ire des conservateurs mais aussi des conservatrices…

Cette lutte historique, Petra Volpe choisit de la raconter de façon vivante, sans verser dans la reconstitution historique appuyée ou l’évocation documentaire. “Les conquérantes” (“L’ordre divin” en VO suisse, un titre plus évocateur) reste en effet avant tout un film divertissant, recourant souvent à l’humour pour nous replonger dans le contexte de l’époque. Mais l’humour n’empiète jamais sur le respect pour la dignité de ces anonymes qui, loin des grandes villes, ont construit une conscience féminine et se sont battues pour leurs droits. Le résultat est un feel-good movie qui fait du bien. Qui rappelle que, quand la cause est juste et la détermination suffisante, la lutte peut payer. De quoi donner du courage pour les autres batailles qu’il reste à mener, féministes ou non.


© IPM
Scénario&réalisation : Petra Volpe. Photographie : Judith Kaufmann. Musique : Annette Focks. Montage : Hansjörg Weißbrich. Avec Marie Leuenberger, Maximilian Simonischek, Sibylle Brunner… 1 h 36.