Cinéma

Le festival Anima a levé le rideau à l'Auditorium du Passage 44, à Bruxelles, jeudi soir, sur le magnifique nouveau film de Hayao Miyazaki, «Le château ambulant» («Howl's Moving Castle»)(1). Une première belge remarquée pour un film d'animation adulte plongeant comme d'habitude le spectateur dans un monde magique, mais comme souvent chez Miyazaki, né en 1941, marqué par les ravages de la guerre.

De guerre aveugle, il sera encore question dans le film de clôture du festival (dimanche 13 février à 20h), «Strings» («Le fil de la vie») (2), du Danois Anders Rnnow Klarlund. Une oeuvre qui n'est pas vraiment d'animation, puisqu'on y voit des marionnettes animées directement devant la caméra par fils. Une première du genre qui est aussi jusqu'au-boutiste: les personnages sont conscients de leur statut d'objet de bois dont le destin ne tient qu'à un fil. Le réalisateur, Anders Rnnow Klarlund, vient du cinéma traditionnel. Il avait notamment signé en 1999 «Possessed», un film qui avait reçu le Méliès d'argent au Festival du film fantastique de Bruxelles l'année suivante.

Plongée dans un monde envoûtant, «Strings» s'ouvre par un plan singulier où l'on voit, au-dessus d'une mer de nuage, des milliers de fils montant à l'infini. «L'idée m'est venue il y a près de quatre ans, lors d'un voyage en avion. Il y avait une publicité pour Prague qui était diffusée sur les écrans. On voyait des marionnettes très réalistes. J'ai commencé à me demander ce que serait le monde si j'étais une marionnette. J'ai fait un croquis d'une marionnette fuyant un ennemi qui voulait couper ses fils.» Ce fut le point de départ d'une entreprise qui allait durer quatre ans, mobiliser près de 200 personnes dont 22 des meilleurs marionnettistes du monde et nécessiter... 10 kilomètres de corde. «Sur le tournage, j'étais la personne la moins douée pour un tel film» confie en riant Klarlund.

Fable et métaphore

Parfois simpliste, «Strings» n'en est pas moins une fable aux accents shakespeariens. «Après mon précédent film, je travaillais sur un script réaliste, traitant de la guerre contre le terrorisme et de ses mécanismes. L'idée était qu'au final, on ne fait que se battre contre nos semblables, donc contre nous-même. Mais à force de travailler sur scénario, nous nous sommes rendu compte que, sur un mode réaliste, nous étions trop proches des événements. Cela aura ressemblé à un pamphlet à la Michael Moore qu'auraient adoré les gens partageant notre point de vue et que les autres n'auraient même pas été voir. Donc, nous en sommes arrivés à la conclusion que le meilleur moyen de parler de tel sujet était de recourir à la fable. C'est alors que j'ai vu cette publicité avec des marionnettes.»

Dans le film, les personnages se demandent où terminent leurs fils de vie. Qui tire les ficelles? Le réalisateur répond: «Dans mon esprit, tous les fils se rejoignent au même point et ce que fait chacun influe sur la destinée des autres. Comme dans le monde où ce que nous faisons en Europe a des conséquences sur ce qui se passe en Afrique et où la politique aux Etats-Unis influe sur le reste du monde. C'est un peu une métaphore de la mondialisation.»

1. Sortie prévue en Belgique le 29 mars.2. Sortie prévue le 6 avril.

© La Libre Belgique 2005