Cinéma

Entretien

Alain Lorfèvre

Coproduction helvético-anglo-franco-belge (ouf !), "Max & Co" fut l'une des très belles surprises d'Annecy 2007. Samedi, le film a également fait l'ouverture "enfants" du Festival Anima de Bruxelles. Projet initié il y a quatre ans, sous le titre "Max, musicien d'ascenseur", ce film de marionnettes est une des plus ambitieuses productions européennes récentes : 150 marionnettes, 27 plateaux, 38 semaines de production !

Les deux frères réalisateurs, Samuel et Frédéric Guillaume, sont des nouveaux venus. "Nous sommes autodidactes, note Samuel. Nous avons appris sur le tas. A l'origine, Fred voulait faire du dessin industriel et moi, du cinéma d'auteur. En Suisse, pour étudier dans une école d'art, il faut remettre un dossier. Nous avons décidé de faire un film d'animation. Ce fut le point de départ". Par la suite, les deux frères réalisent trois courts métrages et quelques films de commande. Quand naît l'envie de passer à quelque chose de plus long, leur producteur suisse Benoît Dreyer les fait bénéficier de l'apport de Robert Boner, producteur venu du cinéma en images réelles, qui a notamment amené dans l'aventure les scénaristes Christine Dory et Emmanuel Salinger (" N'oublie pas que tu vas mourir") ou le directeur de la photo Renato Berta (collaborateur d'Alain Resnais, entre autres).

Au départ, le projet "Max" était conçu comme un moyen métrage de 26 minutes. "Puis, les partenaires anglais sont arrivés, se rappelle Samuel. D'une part, cela a allongé le projet qui est devenu un long métrage. D'autre part, l'arrivée de Mackinnon & Saunders pour la conception des marionnettes a radicalement changé les choses. Au départ, on pensait faire les marionnettes nous-mêmes". Les frères Guillaume ont néanmoins confié la création visuelle des personnages à une jeune artiste suisse, Félicie Haymoz (qui a donné son prénom à l'un des personnages). Cette Suissesse originaire de Fribourg - comme les réalisateurs du film - a étudié à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où elle réside désormais. A seulement 25 ans, Max & Co est son premier titre de noblesse. L'équipe du film ne tarit pas d'éloges sur son travail. "Je connaissais les frères Guillaume, se souvient Félicie. Il y a quatre ans, ils m'avaient demandé de faire un test pour la conception des personnages. Après ce test, nous avons travaillé quatre semaines - j'étais encore aux études à l'époque. On a dessiné tous les personnages. Fred et Sam me parlaient des personnages, de leur personnalité, les mimaient". "Les gens comme Félicie, c'est super-rare, applaudit le réalisateur. On arrive, on lui dit ce qu'on veut, et elle dessine trente têtes différentes. On s'arrête sur une tête, et de là, elle nous refait trente corps différents. Etc. C'est génial, parce qu'elle ne s'enferme pas dans une gamme d'idées".

Multiples versions

Parallèlement, le scénario a connu de multiples versions. "Au début, Max avait cinq ans. Progressivement, c'est devenu un jeune adulte, précise encore Samuel. De l'histoire d'origine, il ne reste que l'ascenseur. On a effectué des changements jusqu'à la fin du tournage". Par contre, les deux frères réalisateurs savaient très bien ce qu'ils ne voulaient pas : "Ne pas avoir tous les tics du cinéma d'animation grand public. Le scénariste, le directeur photo viennent du cinéma "live". Nous avons voulu considérer les marionnettes comme des acteurs, leur écrire des scènes d'acteurs "live", laisser une part d'impro aux animateurs. Traiter les décors avec réalisme. C'est quelque chose que nous aimerions développer dans nos prochains films; s'écarter du style "Wallace & Gromit"."

A cet égard, l'apport belge a sans doute été bénéfique. Climax, premier partenaire belge, a fini par jeter l'éponge après les débuts laborieux du projet. C'est Nexus Factory qui a repris le flambeau. "On a bouclé le financement belge, trouvé du tax-shelter", explique l'enthousiaste Sylvain Goldberg. L'apport artistique belge s'est fait sur la création des mouches et la postproduction dans les studios Co-Toon (Liège) et Creative Conspiracy (Gand). Dès le départ, aussi, l'animatrice belge Guionne Leroy, de réputation internationale (elle a travaillé sur "Toy Story" ou "Chicken Run"), a été impliquée. "Au début, nous étions cinq animateurs, se souvient Guionne, qui a assuré la direction de l'animation. Nous avons terminé le film à vingt-cinq. Le travail d'animation proprement dit a duré neuf mois. Ce fut lourd comme production, mais c'était une équipe enthousiaste. Nous avions dans l'équipe des stars de l'animation qui venaient essentiellement d'Angleterre - de chez Aardman ("Wallace & Gromit") ou qui avaient travaillé sur "Corpse Bride" de Tim Burton. Elles ont tiré les plus jeunes vers le haut. Il y avait une émulation".

"Guionne a insufflé une qualité, un style, confie Sam Guillaume. Elle a un réseau de connaissances dans le milieu. C'est grâce à elle que nous avons eu une équipe de cette force". La notoriété de la "chefesse animatrice" (sic, en suisse) a, en effet, permis de fédérer cette équipe internationale où l'on retrouve d'autres Belges comme Kim Keukeleire, également très réputée à l'étranger et ancienne de l'équipe "Chicken Run", ou des émules doués comme Christine Polis, Ludovic Berardo ou Benjamin Tomad, pour citer d'autres animateurs et techniciens belges. Pour renforcer cet ancrage belge, Samuel Guillaume nous a aussi confié que son grand-père maternel est originaire... d'Ougrée.

Un conférence sur le tournage se tiendra au Festival Anima, le 9 février, en présence des animatrices Kim Keukeleire et Christine Polis. A voir aussi une exposition sur le film, au Flagey, jusqu'au 9 février. www.anima2008.be