Cinéma

Lundi, Sally Potter a été très applaudie avec « The Party », une comédie de moeurs grinçante.

Timothy Spall, Kristin Scott-Thomas, Cillian Murphy, Patricia Clarkson, Bruno Ganz. Quel tapis rouge devant le Berlinale Palast! Tous réunis pour The Party, comédie British signée Sally Potter, dévoilée lundi soir en compétition au Festival du film de Berlin.

La cinéaste anglaise de « Orlando » ou « Yes » a ravi les festivaliers avec une comédie acerbe qui fait exploser un groupe d'amis londoniens bon teint fêtant la nomination de l’une des leurs au poste de ministre fantôme de la Santé. Son mari, Bill, a déjà bien picolé quand débarquent les invités: une vielle amie lesbienne et sa jeune compagne enceinte de triplé, une adepte de l’action directe venue et son hippie allemand sur le retour. Sans oublier un jeune loup de la finance totalement cocaïné et armé…

Et c’est parti pour une heure vingt d’un jeu de massacre plutôt réjouissant façon « Carnage » de Yasmina Reza/Roman Polanski, où volent en éclats toutes les certitudes d’une génération de post-soixante-huitards qui n’ont pas toujours su mettre leur vie en accord avec ses idéaux…

Tourné en noir et blanc, « The Party » est un condensé d’humour noir et de cynisme qui veut dénoncer l’hypocrisie et la bien-pensance. Les répliques cinglantes fusent les unes après les autres mais les enjeux dramatique restent finalement un peu lâches, tournant in fine surtout autour des questions de couple.

A l’applaudimètre, ce marivaudage sous ecstasy est cependant le film qui a été accueilli avec le plus d’enthousiasme le plus par la presse, sans doute ravie de rire au milieu de festival.


Le passé devant soi

Lundi, la Compétition proposait également sa première entrée asiatique. Habitué des festivals (mais guère connu au-delà), le cinéaste japonais Sabu faisait son retour à Berlin deux ans après y avoir montré « Chasuke's Journey ». Avec Mr Long, il signe une étrange étude de caractère d’un réfugié taïwanais au Japon.

Sauf que son réfugié est arrivé à Tokyo comme tueur à gages. Sa mission ayant mal tourné, il échappe de peu au yakuza qu’il était sensé dégommer. Recueilli par un petit garçon, le loup solitaire finit par se retaper. Il rencontre la mère, elle aussi Taïwanaise et héroïnomane, puis les voisins du quartier. Epatés par les talents culinaires du taciturne Mr Long, ils le poussent à ouvrir un stand de nouilles cantonnaises…

Connu pour ses comédies décalées, Sabu brouille les pistes avec "Mr Long », qui multiplie sans cesse les registres. Le film démarre comme un pur polar asiatique, se déplace vers le film contemplatif, avant de sauter à pieds joints dans une pure comédie nipponne, le mélodrame appuyée ou la romance à l'eau de rose. L'unité du film tient uniquement dans son personnage-titre. Campé par l’acteur taïwanais Chang Chen, ce antihéros traverse tous ces épisodes impassible, quasi mutique. Sans être indifférent aux événements mais comme s'il avait le pressentiment que le bonheur n’était pas pour lui, qu'il lui était impossible d'échapper à son passé.

Un peu long, ce film conçu comme une montagne russe fait vraiment passer par toutes les émotions. Pas suffisant sans doute pour espérer une place au palmarès.


Carte postale norvégienne

Troisième entrée en Compétition de la journée, Bright Nights n’a, lui non plus, aucune chance de se voir remarquer par le jury de Paul Vehoeven. Il s’agit en effet, de loin, du film de loin le plus faible montré jusqu'ici. L’Allemand Thomas Arslan emmène Georg Friedrich (acteur autrichien vu également en Compétition il y a quelques jours dans l'autrement plus réussi « Wilde Maus » de Josef Hader) sur les routes de Norvège. Accompagné de son fils, il se rend à l'enterrement du grand-père, qu'ils n'avaient plus vu depuis des années. L'occasion pour ce père maladroit d'essayer de ne pas faire les mêmes erreurs que son propre géniteur et de renouer avec son fils adolescent…

Le cinéaste promène son duo sur les routes de Norvège à la découverte des forêts, des lacs, des plaisirs du camping en pleine nature et des nuits nordiques sans obscurité. C'est tout? Oui, c'est tout. Totalement anecdotique et convenu, "Bright Nights" ne dépasse guère la carte postale de présentation des activités touristiques qu’offre la Norvège durant l'été...​