Cinéma Même si la surprise n’est plus, on retrouve avec plaisir la super-famille Parr.

Au début de "Les Indestructibles" (2004), quinze ans s’écoulaient entre les années de gloire de Monsieur Indestructible et sa midlife crisis de super-héros père de famille. C’est pratiquement l’intervalle écoulé entre ce premier opus et la sortie de sa suite sur les écrans mondiaux. Mais seule une fraction de seconde sépare les deux films à l’écran : on reprend l’histoire là où elle s’arrêtait, quand la famille Parr (Monsieur Indestructible, sa femme Elastigirl et leurs enfants aux super-pouvoirs Violette, Dash et le bébé Jack-Jack) s’apprête à affronter un super-criminel, l’Underminer.

Un début percutant, mais qui provoque tellement de dégâts collatéraux que les super-héros sont une fois de plus prohibés par les autorités. Le programme gouvernemental de protection dont les Parr bénéficiaient est supprimé et on les abandonne à leur sort de citoyens ordinaires.

La chance se présente sous les atours chics de Winston Deavor et sa sœur Evelyn, héritiers d’un empire high-tech. Winston est convaincu que ses parents n’auraient pas perdu la vie lors d’un cambriolage si les super-héros n’avaient pas été proscrits. Afin de redorer l’image de marque des justiciers masqués, Elastigirl jouit selon les deux milliardaires d’un meilleur capital sympathie dans l’opinion publique. C’est donc elle qui va rendosser ses collants.

Depuis "Rebelle" (2012), les films d’animation de Pixar (et de sa maison-mère Disney) féminisent leurs premiers rôles. Toujours sous la houlette de Brad Bird, à la réalisation et au scénario, "Les Indestructibles 2" ne fait pas exception à ce paradigme du womanwashing. Le canevas du scénario est un peu le reflet inversé de celui du premier film : Elastigirl fait désormais le ménage dans le monde, tandis que Monsieur Indestructible joue les super-daddy.

Une scène résume ce parallélisme entre les deux films - tout en soulignant la méthode moins ravageuse de Madame - lorsqu’Elastigirl sauve les passagers d’un monorail. Elle fait écho à l’ouverture du premier opus, dans laquelle l’approche très frontale de Mister Indestructible avait entraîné la déchéance des super-héros. Une grande partie du film joue de ces effets de miroir, tout en semblant répondre aux critiques naguère formulées sur la violence du premier "Indestructibles" (dont plusieurs personnages mouraient).

C’est à la fois l’intérêt et la - petite - limite de ce deuxième épisode, dont la structure ne dévie guère du précédent. Les personnages restent aussi dans le même moule : Violette est une adolescente en doute, Dash piaffe à l’idée d’utiliser ses pouvoirs, Frozone joue les renforts caisse et Edna Mode fait sa star outrée. Seul Jack-Jack est mieux exploité : la découverte de ses pouvoirs constitue un gimmick rythmant le film.

Mais on ne boude pas son plaisir, grâce à une qualité de mise en scène et une direction artistique sans équivalent. L’animation reste époustouflante de vivacité, d’expression et de fluidité. Le découpage des scènes est limpide. Les décors sont un régal vintage. Action et humour se mêlent allègrement. Et la musique jazzy de Michael Giacchino, déjà compositeur du premier opus, reste avantageusement évocatrice du John Barry des "James Bond".

Tout est fait pour évoquer le souvenir des utopies d’un monde meilleur, tel qu’on le fantasmait dans les Etats-Unis des années 50-60 (une constante chez Brad Bird, comme en témoigne son "Tomorrowland", avec George Clooney).

L’univers "Indestructibles" forme un tout, familier et implanté depuis près de quatorze ans. C’est l’un des points les le plus remarquables du film : alors que, depuis 2004, les films de super-héros ont envahi les écrans ad nauseam, Brad Bird a su préserver la fraîcheur et l’originalité de son univers. De quoi faire vibrer en famille ses spectateurs d’hier et ceux d’aujourd’hui.


© IPM
Réalisation : Brad Bird. Avec les voix anglaises de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson,… Et les voix françaises de Gérard Lanvin, Louane,,… 1h58.