Cinéma

Réalisation: Pierre Grimblat. Scénario et dialogues: Pierre Grimblat, Gérard Mordillat et Didier Cohen. D'après «Théâtre de nuit» de Patrick Cauvin. Photographie: Walter Vanden Ende. Musique: Gabriel Yared. Avec Benoît Magimel, Marion Cotillard, Jeanne Moreau, Sagamore Stevenin, Michel Jonasz 1h49.

Cinéaste débutant, Sam décide de centrer son premier long métrage autour de l'acteur Sylvain Marceau, jeune premier des années 40 disparu mystérieusement durant la Seconde Guerre mondiale. En quête d'archives et de témoignages, il met, par hasard, la main et les yeux sur Lisa, le grand amour de Sylvain. La désormais vieille dame vit, aujourd'hui encore, dans l'attente, évidemment fortement hypothétique, du retour de l'être aimé. Emue par la jeunesse de Sam, Lisa-la-vieille raconte alors Lisa-la-jeune, une fleur dans le poumon et pensionnaire de sanatorium. Et sa rencontre avec Sylvain, et leur amour, et les juifs cachés, et la maladie, et la guerre.... Et Sam de peu à peu vibrer de toutes ses origines, pourtant consciencieusement oblitérées.

Stop au suspense: tiré d'un roman de Patrick Cauvin, réalisé par un dur de dur du téléfilm revenu brièvement à la pellicule, «Lisa» est bien un mélodrame. Du pur jus, du pure larme, du pur sang. Casting parfaitement profilé, musique prégnante de Gabriel Yared (oscarisé avec «Le Patient anglais»), destinées brisées pour héros fragiles ou flamboyants Pierre Grimblat n'y va pas avec le dos du mouchoir. Il pèle l'oignon auprès d'une Jeanne Moreau parfaitement Moreau, tout en dirigeant une jeune génération d'acteurs Stevenin, Magimel, Cotillard qui ne cesse de confirmer tout le bien qu'on pense d'elle (pensez au récent prix d'interprétation cannois de Magimel pour «La Pianiste»). Décors superbes (repérés un peu partout en Belgique), photographie cristalline et double récit d'une raison balayée au sentiment finissent d'assurer l'adhésion en un long reniflement.

MAUVAIS RÉFLEXES

Mais Grimblat n'a pas quitté les plateaux télé sans quelques tristes réflexes. Du beau et gros son, de la sursignifiance, un niveau zéro de subtilité, une consensualité artistique à toute épreuve Entre la poire et le fromage, «Lisa», filmé sans âme ni génie, a le lustre des grands téléfilms romantiques du mercredi soir, vite renvoyés au créneau du dimanche après-midi. Les maîtres de l'orge, du pain et du Boursin ne traînent pas loin. Hors des larmes, point de plaisir.

© La Libre Belgique 2001