Les rois du cirque

Alain Lorfèvre Publié le - Mis à jour le

Cinéma

On ne change pas une équipe qui gagne. Mieux : on la fédère avec d’autres. Trois réalisateurs ont dirigé le troisième opus de “Madagascar”, et c’est la crème de l’écurie DreamWorks : Eric Darnell, aux manettes de la franchise depuis le premier épisode, Tom McGrath, également à bord depuis le début, et qui a, entre-temps, signé le décoiffant “Megamind”, et Conrad Vernon, cadet du trio, qui a précédemment coréalisé “Shrek 2” et “Monsters Vs Aliens”. Le résultat ? Il démarre sur les chapeaux de roues.

Toujours égarés en Afrique, Alex le lion, Marty le zèbre, Gloria l’hippopotame et Melman la girafe se languissent de New York. Sans nouvelle des pingouins, partis faire sauter la banque du casino de Monte-Carlo, le quatuor décide les chercher manu militari. L’avantage quand on dispose d’une série et de personnages bien installés, c’est qu’on peut aller droit au but et sans ambages : pas besoin d’expliquer comment Alex et Cie passent d’Afrique à la Méditerranée, pas besoin non plus de s’étendre sur les méthodes des pingouins. L’action s’enchaîne sans temps morts pendant les vingt premières minutes, incroyables, dont d’autres se contenteraient pour leur final. Car, sans surprise, la tentative de récupération en douceur des pingouins vire à la catastrophe, et toute la bande se retrouve pourchassée à travers les rues de Monte-Carlo (à l’aune de celle-ci, le film n’usurpe pas son titre français très james bondien). Cette séquence permet d’introduire un nouveau personnage, la commissaire Dubois, zoophobique et psychopathe de premier plan, qui n’aura, dès lors, plus qu’une obsession : ajouter la tête d’Alex à sa galerie de trophées. Pour lui échapper, les quatre malheureux animaux se fondent dans la troupe d’un cirque, qui les emmènera de Rome à Londres, avec Manhattan en ligne de mire.

Plus elle avance, plus la série sombre dans la joyeuse folie. C’est à qui aura l’idée la plus délirante, trouvera le gag le plus surréaliste, inventera le personnage le plus farfelu. Dans cette catégorie, King Julian (Sacha Baron Cohen, en V.O.) garde néanmoins un grain d’avance. Et le scénario règle enfin le paradoxe des deux opus précédents qui nous montraient ces animaux sauvages plus heureux en “civilisés” (ils ne rêvent que de retourner dans leur cage dorée du zoo…) qu’à leur état naturel. Un compromis est ici trouvé, où les brillants techniciens de DreamWorks se rappellent que, tout enchaînés qu’ils sont à leur tablette graphique, ils restent des artistes, sinon des saltimbanques, comme les nouveaux compagnons d’aventure d’Alex. Faut-il y voir la patte de Noah Baumbach, scénariste ami de Ben Stiller (il lui a offert un de ses plus beaux rôles dans “Greenberg”), que ce dernier a imposé sur ce film ? La franchise atteint en tout cas son pinacle, jusque dans le relief, particulièrement bien maîtrisé et prétexte à quelques effets saisissants.

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