Cinéma

James Mangold s’offre un épisode très personnel du super-héros de la Marvel.

Le générique final ne trompe pas : le vieux Johnny Cash chante “The Man Comes Around”. Jusqu’à la dernière minute, le réalisateur de “Walk the Line”, biographie subtile du vieux chanteur country, signe son film. James Mangold propose en effet une vision très personnelle du héros de la Marvel apparu pour la première fois dans un comics en 1974.

Le super-héros aux griffes acérées est le premier X-Men à avoir connu sa propre série dérivée de films en 2009 avec “X-Men Origins : Wolverine”, suivi d’un exécrable “The Wolverine” quatre ans plus tard. Déjà réalisé par Mangold, le film emmenait sa bête combattre des robots ninjas au Japon… Avec “Logan” (le vrai nom de Wolverine), le réalisateur américain prend l’exact contre-pied de son film précédent, pour se placer très clairement du côté de l’homme et non du super-héros, le mettant en scène avec toutes ses failles, dans un épisode des “X-Men” véritablement à part dans l’univers cinématographique de la Marvel…

Situé en 2029 à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, “Logan” met en scène un Logan fatigué et barbu — pour sa dernière apparition en Wolverine, Hugh Jackman se donne des airs de Mel Gibson. Vivant reclus et incognito, il travaille comme chauffeur de limousine pour prendre soin, avec le mutant Caliban, du professeur Charles Xavier, devenu un vieillard quasi sénile. Leur quotidien morne est bouleversé quand une infirmière prend contact avec Logan, bientôt suivie d’une vraie armée mexicaine ! Où le héros découvre qu’il a une fille, aussi impulsive et dangereuse que lui… Pour la mettre à l’abri, commence un long voyage vers le Dakota du Nord…

Avec “Logan”, James Mangold signe un anti-film de super-héros, parvenant à réinventer un genre que l’on croyait condamné à se répéter à l’infini au gré de la litanie des “X-Men 2-3-4-5…”. A l’origine de l’histoire et coauteur du scénario, Mangold parvient à contaminer l’univers de la Marvel avec le sien, multipliant les clins d’œil à son cinéma et aux genres qu’il affectionne, à commencer par le western (on se souvient qu’il avait réalisé un remake de “3:10 to Yuma”). Tandis qu’il glisse ici ou là quelques saillies subliminales bien senties sur la politique américaine – ce n’est pas un hasard si le film s’ouvre à la frontière avec le Mexique pour se diriger vers le Canada…

Les fans de super-héros risquent d’être décontenancés, pour ne pas dire déçus, face à un film plus adulte et très sombre (notamment sur la question des enfants), qui bat en brèche tous les codes du genre et s’autorise de réelles audaces. Que les scénaristes des prochains épisodes s’empresseront sans doute vite de gommer.


© IPM
Réalisation : James Mangold. Scénario : James Mangold, Scott Frank&Michael Green. Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen… 2h17.