Cinéma Fanny Ardant fascinante dans un joli film sur les retrouvailles d’un père, devenu mère, et de son fils.

Accordeur de piano à Paris, Zino (Tewfik Jallab) vient d’enterrer sa mère. Pour régler l’héritage, il doit retrouver son père Farid. Mais quand le jeune homme débarque à l’adresse indiquée par le notaire, sur la côte méditerranéenne, pas de trace du paternel. Il est accueilli par la fantasque Lola (Fanny Ardant), professeure de danse orientale qui prétend que Farid ne vit pas là… Ce qu’elle n’ose pas avouer à Zino, c’est qu’elle n’est pas la nouvelle femme de son père mais bien son "drôle de pater". Il y a vingt ans, Farid a en effet quitté femme et enfant pour devenir qui il était vraiment au fond de lui : Lola.

Découvert avec "Viva Laldjérie" en 2004, revu avec l’étrange polar "Délice Paloma" en 2007 puis "Goodbye Morocco" en 2013, le cinéaste franco-algérien Nadir Moknèche étonne avec ce film à la tonalité plus personnel. S’il est évidemment à nouveau question du rapport tradition - à travers ce personnage qui a commis la transgression ultime, aux yeux de la société musulmane, en changeant de sexe -, "Lola Pater" se concentre sur les trajectoires individuelles, sur les retrouvailles d’un père et de son fils.

Certes, les dialogues sont parfois un peu appuyés, la mise en scène guère inspirée, voire un peu vieillotte dans certains des procédés utilisés. Pourtant, "Lola Pater" est un film fascinant, grâce à son interprète principale. On se souvient de Fanny Ardant entourée de travestis dans "Pédale douce"; elle incarne ici avec une fougue communicative une transsexuelle haut en couleur et maladroite. A la première image, c’est un choc. L’identification entre la star et Lola semble impossible. Mais petit à petit, on se met à regarder autrement ce visage anguleux noirci de fard à paupières, à y rechercher des traits masculins, à écouter d’une autre oreille cette voix grave si familière. Et puis la magie opère et l’on y croit.

Il faut reconnaître à la comédienne de 68 ans une forme de courage de jouer ainsi avec sa féminité, à la fois exacerbée tant son personnage est excentrique et en même temps rendue bizarre par l’identité sexuelle de celui-ci. Fidèle à son approche totalement libre du jeu, Ardant irradie l’écran, entourée du jeune Tewfik Jallab (toujours à l’affiche de "Ce qui nous lie" de Klapisch) et de deux comédiennes fétiches de Moknèche, Lubna Azabal et Nadia Kaci.


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Scénario&réalisation : Nadir Moknèche. Photographie : Jeanne Lapoirie. Montage : Chantal Hymans. Avec Fanny Ardant, Tewfik Jallab, Nadia Kaci, Lubna Azabal… 1 h 30.