Cinéma Préposé au scandale à Cannes, Gaspar Noé fait rimer porno et ramollo.

Dire que des milliers de personnes ont fait la file des heures durant pour ne pas accéder à la projo de "Love" en séance de minuit à Cannes. Après "Welcome in New York" sur l’affaire DSK, le producteur Vincent Maraval consolide sa position de plus gros fabriquant de baudruches, le porno 3D de Gaspard Noé n’ayant rien à envier à la triple daube d’Abel Ferrara.

Ça commence sans préliminaires, dans un lit et en douceur, chaque amant s’occupe distraitement du sexe de l’autre, la tête ailleurs, voire nulle part comme s’ils attendaient la fin de la déclaration de politique générale 2.27 de Paul Magnette au Parlement wallon. Un petit jet blanc siffle la fin de la récréation comme dirait notre Premier ministre avec son sens percutant de la formule.

Plan suivant, un type se réveille la tête dans le cul - c’est une image, enfin pas une image de cinéma, une métaphore. Bon, disons, un type dans le gaz est réveillé par la sonnerie d’un portable et les pleurs d’un enfant. Il va chercher le petit et le met dans les bras de la femme couchée à côté de lui. Et il nous fait entendre sa voix intérieure : "Ouille-you-ouille, j’suis trop défoncé. C’est une année de merde qui commence."  On en déduit qu’on est le 1er janvier. "Je voudrais être avec mon ancienne meuf Electra." La messagerie du GSM nous apprend qu’elle a disparu.

On est parti pour les flash-back avec Electra sur un lit avec un fond de musique de berceuse. Murphy file alors le parfait amour quand il a cette idée folle de lui demander son fantasme absolu. Réponse : "Baiser avec une blonde." Et voila comment, on passe à trois dans le pieu. La blonde étant perverse, elle fait un enfant dans le dos d’Electra qui pète les plombs. Murphy, qui n’a pas inventé le disjoncteur, se retrouve dans de beaux draps avec ses deux furies. Au moins, il est lucide, ce qui fonctionne chez lui, c’est sa bite et une bite n’a pas de cerveau.

Gaspar Noé avait pour mission de créer le scandale au festival de Cannes. Il a tout juste réussi à organiser une bousculade. C’est qu’il est impossible de s’intéresser à ce Murphy qui porte tout le film sur ses testicules. Ses 100 mots de vocabulaire dont "salope", "conne", "couilles" dans le "Top 10" et sa voix off pâteuse constituent un encombrant fardeau.

Il n’est pas aidé par la durée, non plus. Comment tenir l’intérêt durant deux heures quinze ? Il ne faut pas être Oussama ben Laden pour savoir que l’amateur du genre se fout de la fin comme de sa première burqa. En fait, on observe que le film porno est confronté aux mêmes problèmes que les premières comédies musicales où les chansons - souvent hors dramaturgie - ralentissaient, voire gelaient l’action. Chaque scène de lit, bien que joliment photographiée, est interminable, lassante, carrément soporifique.

Bref, un film porno qui bande mou. Gaspar Noé est un bien un auteur… d’arnaque en 3D.

© ipm
 Réalisation, scénario : Gaspar Noé. Images : Benoît Debie. Production : Vincent Maraval, Edouard Weil. Avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin… 2h14.