Cinéma

Le réalisateur et coscénariste J.J. Abrams a tenu parole. Il est revenu aux fondamentaux de la saga quadragénaire, avec moins d’effets spéciaux numériques, plus d’attention portée aux personnages et la quintessence d’un récit épique - le tout en modernisant les rôles et les genres. Revers de la médaille : à être trop fidèle au film-matrice, le cultissime Episode IV (1977), Abrams en signe un quasi-remake, qui en reproduit un peu trop mécaniquement la structure.

Un robot, un plan, des résistants… et Han Solo

Quelque trente ans après la victoire des Rebelles sur l’Empire, la Nouvelle République est menacée par le Premier Ordre, qui veut rétablir l’ordre impérial. Le dernier Jedi, Luke Skywalker (Mark Hamill) a disparu aux confins de la galaxie, au point qu’on pense qu’il n’est qu’un mythe. La Résistance à l’ordre est emmenée par Leia Organa (Carrie Fisher), sœur de Luke. Han Solo (Harrison Ford) est redevenu un contrebandier. Poe Dameron (Oscar Isaac), meilleur pilote de la Résistance, vient de mettre la main sur une carte permettant de retrouver Luke lorsque l’Ordre attaque le village de la planète Jukka où il se trouvait en mission.

Avant d’être capturé par Kylo Ren (Adam Driver), nouveau bras armé du côté obscur de la Force, Poe confie les plans à son droïde BB-8. Lequel échoue entre les mains d’une jeune pilleuse d’épave, Rey (Daisy Ridley). Aidée par Finn (John Boyega), déserteur de l’Ordre, elle va tenter de ramener BB-8 et les plans à la Résistance…

Tout effet de déjà-vu n’est pas fortuit, donc. Abrams joue avec les codes de la saga et l’imaginaire du public. Par exemple, la très brève apparition de Max von Sydow au début du film, en toge de bure, ressuscite la silhouette d’Obi Wan Kenobi, millésime 1977. On retrouve un désert comme sur Tatooine, un bar digne de la Cantina de Mos Def, une base secrète sur une planète verdoyante ou une nouvelle Etoile de la Mort.

Des pères à tuer

De même, à peine le Millenium Falcon tiré de la casse, le combat aérien qui s’ensuit reproduit la pureté efficace du premier "Star Wars". Située au milieu d’épaves de vaisseaux impériaux, elle porte un sous-texte : Abrams joue dans le champ de ruines laissé par George Lucas, dont il raye ensuite de la carte du ciel le décor des épisodes I à III, la trop virtuelle ville-planète Coruscan. Plus catholique que le Jedi, Abrams préfère les décors réels, le latex et les maquettes au botox numérique qui boursouflait la deuxième trilogie ou le lifting de la première par George Lucas. Tel Vador avec Obi Wan, Abrams tue son père spirituel, qui avait dilapidé l’héritage dans sa préquel de nouveau riche.

La dimension freudienne de la saga retrouve d’ailleurs une vigueur à l’écran, avec un nouveau "fils de" parmi les protagonistes. Mais en miroir inversé, car cette fois le rejeton est du côté obscur de la Force, et encore en construction. Autant les psychanalistes que les sémiologues pourront s’amuser avec cette figure, qui résume parfaitement l’enjeu des nouveaux personnages de la saga : ils doivent "tuer le père" pour gagner leur place au grand écran.

Une histoire de famille

Car si "La guerre des étoiles" reste une aventure épique, un monomythe qui agrège tous ceux qui lui sont antérieurs, elle est avant tout la chronique du destin maudit d’une lignée, les Skywalker, tiraillée entre la lumière et les ténèbres de génération en génération.

Prometteuse à cet égard est l’orpheline Rey. Outre qu’elle féminise à bon escient le rôle naguère tenu par Luke Skywalker, cette nouvelle héroïne lui est d’emblée supérieure d’un point de vue dramatique. Là où le Luke du premier épisode était si blond, si blanc, si lisse, Rey est déjà une âme cabossée, plus au goût du temps. Du coup, elle s’affirme plus vite, tout en étant désarçonnée par ce qui lui arrive et les questions qui surgissent quant à ses origines (même si la musique de John Williams semble donner un indice…)

A défaut d’une réinvention complète de l’univers, Abrams opère un (re)tour de Force en le dépoussiérant, comme le font Rey et Solo avec le Millenium Falcon. "We’re home"/"On est de retour à la maison" dit Han à Chewie en remontant à bord. C’est exactement ce que ressentiront les spectateurs.

Star Wars - Episode VII : Le Retour de la Force ** - Réalisation : J.J. Abrams - Scénario : Lawrence Kasdan, J.J. Abrams, Michael Arndt - Avec Daisy Ridley, John Boyega, Harrison Ford, Carrie Fisher, Oscar Isaac,… 2h16