Cinéma

À la veille des fêtes, sur insistance de sa femme (Darina Al Joundi) inquiète, Hakim (Roschdy Zem, impeccable de sobriété) monte à Paris à la recherche de leur fille Leïla. Il est accompagné de la cadette Nedjma (Natacha Krief), débrouillard et plus au fait des habitudes dans la capitale, qu’Hakim a quitté vingt ans plus tôt.

A leur arrivée, Hakim et Nedjma apprennent que Leïla n’a jamais travaillé dans le salon de coiffure où elle était censée être en stage. Elle n’est pas plus inscrite dans l’école de coiffure où ils pensaient qu’elle étudiait. Et elle est introuvable à son adresse. Inquiet, Hakim se lance dans la nuit parisienne à la recherche de sa fille.


Le motif de Ma Fille est vieux comme le monde, ou presque : la fille sans histoire montée à la grande ville où elle disparaît dans les limbes d’un autre monde. Ce premier long métrage de la comédienne Naidra Ayadi s’inspire du roman de Bernard Clavel, Le Voyage du père (1965), déjà adapté en 1966 par Denys de La Patellière, avec Fernandel.

Compte tenu de l’origine des personnages et de la réalisatrice, le film prend une autre portée. Laborieux dans certaines scènes ou dialogues, parfois pontifiants, il se distingue du matériau d’origine moins par l’enquête improvisée d’Hakim, assez convenue et prévisible, que par une résolution inattendue, qu’on oserait même qualifier d’audacieuse.

Le scénario essaie d’éviter d’une part les caractérisations extrêmes : immigrés ayant fui les violences de l’Algérie dans les années 1990, Hakim et son épouse ne sont pas des pratiquants même si leur morale est imprégnée par leurs origines. Hakim est d’abord un père qui a tenté d’offrir à ses filles une vie digne et décente.

La présence de la jeune Nedjma à ses côtés durant sa quête (sources des scènes les plus réussies du film) permet de suggérer quelle fut sa relation à l’aînée - soulignant d’autant plus le mystère de sa fuite et de son rejet familial.

Mais le glissement culturel introduit paradoxalement une ambiguïté : la voie choisie par Leïla est précisément source de l’injure jetée systématiquement à la figure de celles qui veulent s’émanciper de la famille et de leur milieu, sans forcément aller jusqu’à l’extrême choisi par Leïla. Ce raccourci paraît singulier, même s’il est traité avec sensibilité et, certainement, sincérité par l’auteure.

Réalisation et scénario : Naidra Ayadi. Photographie : Guillaume Schiffman. Avec Roschdy Zem, Natacha Krief, Darina Al Joundi,… 1h20

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