Cinéma Toujours très attendu, chaque nouvel épisode de “Superman” réveille l’intérêt des fans, tout comme la vente de comics. D’autant que la dernière tentative de relancer la franchise au cinéma en 2006 s’était soldée par un demi-échec, le “Superman Returns” de Bryan Singer n’ayant pas réellement réussi à effacer la quadrilogie emmenée par Christopher Reeves de 1978 à 1987. Cette fois, Warner et DC Comics ont mis un sacré atout dans leur poche en faisant appel aux frères Nolan qui, en trois films, ont réussi à moderniser le personnage de Batman en l’inscrivant dans l’Amérique post-11 Septembre et à faire presque oublier les deux adaptations signées Tim Burton. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas parvenus à en faire autant avec Superman, personnage nettement moins intéressant, il est vrai, que Bruce Wayne… Christopher Nolan a d’ailleurs finalement décidé de passer la main en refilant le bébé à Zack Snyder.

L’histoire est connue, sans cesse répétée depuis la création du personnage en 1932. Venu, bébé, de la planète Krypton dans une capsule spatiale échouée à Smallville, au fin fond du Kansas, Kal-El, rebaptisé Clark Kent par ses parents adoptifs, découvre durant son enfance ses incroyables pouvoirs. Doit-il se révéler et contribuer à sauver les hommes ou rester dans l’ombre pour se fondre dans l’humanité  ? Ce dilemme est le seul qui traverse, fugacement, ce “Man of Steel”, reboot de la saga qui retrace donc la genèse de Superman, prototype du superhéros.

Soit la naissance d’un bloc de bien descendu du ciel sur Terre pour aider les hommes. Dans la vision manichéenne de Snyder-Nolan, Superman est en effet un messie, une réincarnation du Christ – on précise d’ailleurs bien que Clark Kent a 33 ans… Ce personnage monolithique ne se prête à aucun questionnement moral. Il se contente de suivre sa nature profonde et d’agir, reléguant les hommes, totalement déresponsabilisés, au rang de simples spectateurs d’un combat des dieux qui les dépasse. C’est l’accentuation à outrance de la nature extraterrestre de Superman qui plombe “Man of Steel”, film sans aucun enjeu. D’autant qu’on peut compter sur le très surestimé Zack Snyder pour inonder la pellicule de son esthétique hyper-virile, qu’il nous sert depuis les “300”, “Watchmen” ou “Sucker Punch”. C’est particulièrement vrai dans sa description rétro-futuriste, et totalement kitsch, de la planète Krypton et de ses habitants…

Face au plastiquement irréprochable mais plutôt insipide Henry Cavill (vu dans “Stardust” ou “Les Tudor”), même l’habituellement excellent Michael Shannon apparaît incapable de conférer une réelle profondeur, une once d’ambiguïté à son Général Zod, ennemi intime de Kal-El, dont il a tué le père Jor-El (incarné par Russel Crowe).

Obnubilé par l’action et l’exaltation de la force, le toujours très ambigu Zack Snyder nous gratifie enfin de dizaines de scènes se voulant spectaculaires, mais où les personnages sont finalement réduits à des pions sautant et gesticulant d’un bout à l’autre de l’écran sans être animés par une quelconque volonté. Face à eux, le spectateur se retrouve totalement impuissant et infantilisé (comme l’humanité dans le film). Et ne lui reste que la fascination brute ou l’ennui le plus profond…