Cinéma Un autoportrait de la cantatrice et plus encore de la femme, orchestré par Tom Volf à partir d’archives inédites.

Tout le monde connaît Maria Callas, sans même avoir entendu une seule fois sa voix. Au XXe siècle, son nom symbolise l’opéra. Comme Picasso, la peinture; Karajan la musique classique; Pelé le football ou Fangio la course automobile. Ce n’est plus une question de talent hors norme mais de magnétisme, de charisme.

Quarante ans après sa mort, Tom Volf, un Américain de 31 ans, en propose un portrait à la Paris Match, le poids des notes et le choc des photos.

Suivant l’ordre chronologique, le film alterne la chanteuse à l’œuvre dans les grands arias de Verdi, Puccini, Donizetti ou Bellini et les images glamour comme en publie le magazine, celle d’une prima donna accueillie comme une déesse aux quatre coins du monde. Partout, elle descend du ciel, enfin de la passerelle d’un avion, attendue fébrilement par une ruche de photographes et de reporters, avant de s’enfoncer dans un sourire éclatant dans une épaisse limousine qui l’attend à même le tarmac, saluant de la main comme une princesse.

On voit d’ailleurs plus d’images d’aéroports que de scènes de théâtre dans ce documentaire. Quelque soit la ville, une foule l’attend pour juste la voir passer, cette même foule qui passera la nuit dans l’espoir d’acheter un billet et d’entendre la plus grande chanteuse de tous les temps.

Qu’est-ce qui fait d’elle une cantatrice exceptionnelle ? On ne le saura pas, aucun spécialiste n’aura la parole, ni chef d’orchestre, ni metteur en scène d’ailleurs. Le concept est clair : Maria by Callas. Elle est la seule à s’exprimer, à l’exception de sa professeure de chant.

Tom Volf s’appuie sur son énorme travail de recherche d’archives (films, photos, lettres, etc.) pour reconstituer les différentes étapes de son parcours. Dès sa petite enfance, elle est mise sous une terrible pression par sa mère dont elle devait réaliser les ambitions. Les siennes étaient banales : fonder une famille, rendre un homme heureux. Un homme va occuper beaucoup de place dans le film, c’est Aristote Onassis, de quoi tenir la ligne Paris Match, sur le yacht du milliardaire.

Mais au-delà de ces images jet-set, on sent la détresse d’une femme qui a le monde à ses pieds et s’angoisse chaque année un peu plus à l’idée de ne pas être à la hauteur. Cette attente énorme devient insurmontable quand elle ne se sent pas en pleine possession de ses moyens ce qui l’amène à ne plus revenir après l’entracte, à annuler des représentations. De quoi charger sa réputation de diva capricieuse.

Admirant l’artiste, respectant son travail en ne coupant pas les standards du bel canto, Tom Volf fait de La Callas plus qu’une cantatrice, un personnage d’opéra. C’est la vie d’une femme prisonnière de son destin, d’une amoureuse qui donne tout son cœur et reçoit la trahison en retour. Cette vie fabuleuse et tragique se déroule dans des décors bigger than life selon les multiples documents auxquels le réalisateur s’emploie à donner une forme, une couleur, un style.

"Maria by Callas" livre avec passion, le portrait intérieur d’une femme et d’une cantatrice.


© IPM
Un documentaire de Tom Volf. 1h53