Marilyn, jolie plante fragile, implacable manipulatrice

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

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Cinéma

En 1956, Marilyn se rend en Angleterre pour incarner la danseuse dans un film qui se nomme alors "The Sleeping Prince", mis en scène et interprété par Laurence Olivier. Le tournage va rapidement tourner au cauchemar pour tout le plateau de Pinewood sauf pour Colin Clark, le troisième assistant-réalisateur.

Un petit comique ce Colin, né joli cygne noir de bonne et très belle famille de canards blancs aristocratiques. Passionné de cinéma, il veut absolument y travailler au point de faire le siège dans le bureau d’un ami de papa, Laurence Olivier prêt à n’importe quoi. Après s’être occupé, entre autres, du logement de la star, il va se retrouver propulsé troisième assistant-réalisateur, autrement dit homme à tout faire.

Ainsi, c’est lui qu’on envoie systématiquement aux nouvelles pour savoir quand Miss Monroe daignera honorer le plateau de sa présence. C’est dire que Marilyn le voit très souvent au point d’être attendrie par ce joli jeune homme réservé, au comportement attentionné, au regard délicat. Elle le voit bien vite comme un camarade. Et quand Arthur Miller retourne à New York, elle s’y accroche comme à un allié sur un plateau qui, pour elle, tient d’un ring.

Cette semaine avec Marilyn, Colin Clark ne l’oubliera jamais. Cinquante ans plus tard, il en a fait un livre, et voilà que le cinémascope l’immortalise. En même temps, c’est un film impossible, Marilyn est unique, personne n’a irradié l’écran comme elle. Personne d’autre ne peut être Marilyn. Michelle Williams fait le maximum, bien aidée par la costumière, Jill Taylor, et le directeur photo, Ben Smithard qui met en scène des clichés célèbres de la star. Mais paradoxalement, le regard qui illumine l’écran est celui de Colin Clark, le regard tendre du spectateur lambda pour Marilyn, faisant de Eddie Redmayne l’inattendue révélation du film.

Car le réalisateur Simon Curtis a eu l’intelligence de ne pas faire tenir son film sur la performance de sa comédienne, Michelle Williams, mais bien, sur ce qui, au-delà de son charme, de son sex-appeal, a fait de Marilyn la plus grande star de cinéma.

A partir de l’anecdote, Simon Curtis expose que les raisons qui ont transformé ce tournage en cauchemar tiennent moins à la personnalité de Marilyn qu’au choc frontal de l’art du théâtre et celui du cinéma. D’une part, Laurence Olivier, immense comédien de théâtre pense pouvoir se servir de Marilyn pour devenir une star de l’écran. Et dans l’autre sens, la star planétaire entend se faire adouber comédienne auprès d’un monstre sacré de la scène. Mais au lieu de s’épauler l’un l’autre, ils vont se neutraliser. Ce que le personnage de Dame Sybil Thorndike, idéalement interprété par Dame Judi Dench, va décoder avec esprit.

A l’arrivée, le spectateur découvre le film attendu, une comédie british mixée avec un portrait de Marilyn, jolie plante fragile et implacable manipulatrice dont le charme peut tout obtenir. Il s’y ajoute un autre film, palpitant, sur le cinéma, voire l’art dramatique. Et même, un bonus avec Emma Watson dans son premier (second) rôle post-Harry Potter, un choix humble et modeste à l’opposé de celui de son ex-partenaire Daniel Radcliffe dans "The Woman in Black".

Réalisation : Simon Curtis. Réalisation : Adrian Hodges basé sur le journal de Colin Clark. Images : Ben Smithard. Avec : Michelle Williams, Eddie Redmayne, Julia Ormond, Kenneth Branagh 1h39

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