Cinéma Elle Fanning vibrante dans un biopic trop convenu de l’auteure de "Frankenstein".

Publié anonymement à Londres en 1818, Frankenstein ou le Prométhée moderne est l’un des ouvrages les plus marquants du gothique anglais. Derrière ce mythe - indissociable de l’histoire du cinéma - se cache une frêle jeune fille. Fille de Mary Wollstonecraft, auteure féministe morte à sa naissance, et de William Godwin, écrivain politique progressiste, Mary Wollstonecraft Godwin était prédestinée à l’écriture. C’est cette trajectoire, qui l’amena à écrire son chef-d’œuvre à 18 ans seulement, que nous raconte ici Haifaa Al Mansour.

Réalisatrice en 2014 de Wadjda, premier long métrage produit en Arabie saoudite, nommé à l’Oscar du meilleur film étranger, la cinéaste de 44 ans s’est rapidement vu ouvrir les portes du cinéma international. Et l’on sent évidemment, dans le point de vue féminin sur l’héroïne, ce qui l’a poussée à accepter le défi. Mary Shelley revient en effet sur les deux années qui ont construit l’écrivaine à venir. Deux années où cette gamine de 16 ans (Elle Fanning) a vécu dans le scandale, lorsqu’elle entama une relation tumultueuse avec le jeune poète romantique Percy Shelley (Douglas Booth), déjà marié et père d’une petite fille.


Le problème, c’est qu’Haifaa Al Mansour peine à imposer sa patte dans ce biopic ultra-convenu et très puritain (où la morale finira par triompher, contre les idéaux de liberté des personnages eux-mêmes), qui enfile tous les passages obligés. Dont, évidemment, l’été passé par Mary et Percy dans la maison de Lord Byron (Tom Sturridge) au bord du lac Léman, où la jeune fille aurait imaginé, pour exorciser ses démons - la perte de sa mère mais aussi de sa fille -, le personnage du docteur Frankenstein et surtout de sa créature, ce monstre de solitude rejeté par tous dont elle se sentait si proche.

Si la réalisation est ultra-lisse, les personnages manquent également d’épaisseur et les comédiens de charisme. Au milieu desquels, il faut néanmoins sauver la performance d’Elle Fanning. Depuis Somewhere de Sofia Coppola en 2010, l’actrice s’est fait un prénom aux côtés de sa sœur Dakota. Revue dans Super 8 de J. J. Abrams, The Neon Demon de Nicolas Winding Refn et Les proies de Sofia Coppola, la jeune fille est troublante de vérité, vibrante d’émotions, dans ce portrait d’une adolescente en train de devenir une femme et une écrivaine dans un monde d’hommes…

Réalisation : Haifaa Al Mansour. Scénario : Emma Jensen&Haifaa Al Mansour. Photographie : David Ungaro. Musique : Amelia Warner. Montage : Alex Mackie. Avec Elle Fanning, Douglas Booth, Ben Hardy, Tom Sturridge, Maisie Williams… 2 h.

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