Cinéma Envoyé spécial à Annecy

Le rideau est tombé samedi sur le 31e Festival d'Annecy. Pendant six jours, le cinéma d'animation international y a été à la fête et, plus particulièrement, celui du Benelux, qui était à l'honneur cette année.

Si le Crystal d'Annecy a été décerné au court-métrage "Pierre et le loup" de Suzy Templeton (Grande-Bretagne) et le Crystal du long-métrage à "Free Jimmy" du Norvégien Christopher Nielsen (vu à Anima 2007), la Belgique obtient malgré tout une place de choix sur le podium grâce au Prix du public décerné à "Max & Co" des Suisses Samuel et Frédéric Guillaume. Cette coproduction helvético-anglo-franco-belge (ouf !) fut l'une des très belles surprises d'Annecy 2007. Projet en cours depuis quatre ans, sous le titre initial de "Max, musicien d'ascenseur", ce film de marionnettes a fédéré des talents multiples, nouveaux ou éprouvés - parmi lesquels une belle brochette de Belges.

Si les deux réalisateurs sont des autodidactes qui n'avaient jusqu'ici à leur actif que trois courts métrages et des films de commandes, leur producteur suisse Benoît Dreyer les a fait bénéficier de l'apport de Robert Boner, producteur venu du cinéma en images réelles, qui a notamment amené le directeur de la photo Renato Berta (collaborateur d'Alain Resnais), au talent duquel le film doit beaucoup. Ce qui était au départ un moyen-métrage de 26 minutes est devenu un grand récit confrontant Max, un jeune musicien de bigoude (une sorte de guitare-accordéon), aux malversations de Rodolfo, un fabricant de tapettes à mouche peu scrupuleux.

Le scénario ose sortir des sentiers battus du cinéma d'animation pour enfants en évitant toute frénésie d'action ou toute surenchère de gags au profit de personnages attachants et de la mise en place d'un univers cohérent. " Nous avons voulu considérer les marionnettes comme des acteurs, leur écrire des scènes d'acteurs "live", laisser une part d'impro aux animateurs", nous a expliqué Sam Guillaume à Annecy.

Un cas exemplaire

"Max & Co" est un bel exemple du dynamisme belge dans le secteur de l'animation (lire ci-contre). Côté production, la Nexus Factory de Serge de Poucques et Sylvain Goldberg a apporté (via la Communauté française, le VAF, Promimage et le tax-shelter) un peu plus d'un dixième du budget. Liés au Pôle Image de Liège, les deux producteurs ont amené les Liégeois de CoToon et les Gantois de Creative Conspiracy, qui ont réalisé plusieurs effets spéciaux sur "Max & Co".

Surtout, on retrouve au poste clé de direction de l'animation la Belge Guionne Leroy, qui a notamment oeuvré sur "Toy Story", "James et la Grande Pêche" ou "Chicken Run". "Guionne a insufflé une qualité, un style, confie Sam Guillaume. Elle a un réseau de connaissances dans le milieu. C'est grâce à elle que nous avons eu une équipe de cette force."

La notoriété de la "chefesse animatrice" (sic en suisse) a en effet permis de fédérer cette équipe internationale où l'on retrouve d'autres Belges, comme Kim Keukeleire, également très réputée à l'étranger et ancienne de l'équipe "Chicken Run", ou des émules doués comme Christine Polis, Laurence Demaret, Ludovic Berardo ou Benjamin Tomad pour citer d'autres animateurs et techniciens belges.

"Le travail d'animation proprement dit a duré neuf mois, note encore Guionne Leroy. Ce fut lourd comme production, mais c'était une équipe enthousiaste. Nous avions dans l'équipe des stars de l'animation qui venaient essentiellement d'Angleterre - de chez Aardman (Wallace & Gromit) ou qui avaient travaillé sur "Corpse Bride" de Tim Burton. Elles ont tiré les plus jeunes vers le haut. Il y avait une émulation."

Notons encore que la conceptrice des personnages, Félicie Haymoz (qui donne son prénom à l'héroïne), jeune illustratrice suisse de 25 ans, a étudié à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles (où elle réside désormais) et que le grand-père maternel des frères Guillaume est originaire.... d'Ougrée.

Le prix du public est venu confirmer l'accueil positif reçu lors de la projection officielle du film. Déjà sélectionné aux festivals de Locarno et de Toronto, qui se tiennent à la fin de l'été, "Max & Co" semble promis à un bel avenir (sa date de sortie en Belgique est encore inconnue, faute de distributeur). Ses deux réalisateurs sont déjà lancés sur un nouveau projet. Le défi sera - déjà - de surpasser la qualité de celui-ci.