Cinéma Le documentariste américain revient sur les raisons de l’élection de Donald Trump.

En 2004, Michael Moore décrochait la Palme d’or à Cannes (merci Quentin Tarantino…) pour Fahrenheit 9/11. L’auteur de Roger & Me et de Bowling for Columbine y renonçait à toute forme de prétendue objectivité pour livrer un violent brûlot contre la politique du gouvernement Bush, au lendemain des attentats du 11 septembre. Quatorze ans plus tard, toujours aussi engagé dans son combat pour une autre Amérique, il revient avec Fahrenheit 11/9. Le 9 novembre 2016, les Etats-Unis vivaient en effet un nouveau séisme. Alors que la veille, au matin de l’élection présidentielle, le New York Times donnait encore 85 % de chance à Hillary Clinton de devenir le 45e président des Etats-Unis, un coup de semonce s’abat dans la nuit. L’improbable Donald Trump est élu. Dans son discours, l’homme d’affaires tire la tête, semble lui-même ne pas s’être préparé à la victoire. La surprise est totale.

Totale ? Pas pour tout le monde. Dès le mois de septembre, Michael Moore avait publié une tribune intitulée 5 Reasons Why Trump Will Win. Son nouveau film développe ces raisons qui l’avaient amené à cette conclusion.


Il ne faut évidemment pas s’attendre dans Fahrenheit 11/9, composé de très nombreuses archives, à un documentaire neutre sur la campagne électorale. Car Michael Moore fait du Michael Moore, manie comme personne l’humour et l’ironie, pas toujours de façon très fine. Mais il dit d’où il parle. Il ne se positionne pas ici comme un cinéaste, plutôt comme un observateur politique et même un militant. Son film est d’ailleurs par moments moins une attaque en règle contre Trump que contre Clinton et mes caciques du parti démocrate, qu’il accuse, chiffres à l’appui, d’avoir truqué les primaires. Notamment en Virginie occidentale, où Bernie Sanders (interrogé dans le film) a remporté l’élection dans chaque comté, mais où c’est Hillary qui sera désignée candidate par les délégués du parti...

A quelques semaines des élections de mi-mandat du 6 novembre, Moore livre avec Fahrenheit 11/9 un véritable tract politique en faveur d’une reprise en main de l’action politique par les citoyens américains eux-mêmes. Il rencontre d’ailleurs quelques nouvelles voix fortes du parti démocrate, dont l’iconique Alexandria Ocasio-Cortez, candidate socialiste de 28 ans à New York. Il donne également la voix aux jeunes survivants de la tuerie de Parkland, en montrant combien leur action spontanée contre la vente d’armes a eu un incroyable impact sur la société américaine. Tandis qu’il rend hommage au combat victorieux des enseignants des écoles publiques de Virginie occidentale qui, au bout d’une grève générale de 9 jours, ont décroché une hausse de salaire, contre l’avis de leurs syndicats.

En filmant de telles réussites, Moore se veut optimiste. Mais il finit sur une mise en garde maladroite. Comparant ouvertement Trump à Hitler (avec la complicité d’un historien de l’université de Yale), le cinéaste appelle à un réveil civique de l’Amérique face à un président qui est en train d’imposer une nouvelle petite musique autocratique, se voyant bien à la Maison-Blanche pour seize années, quitte à s’asseoir sur la Constitution…

C’est finalement quand il revient chez lui, à Flint, que Moore est le plus convaincant. En parallèle à la montée de Trump au pouvoir, il raconte ici aussi les méfaits de l’un de ses inspirateurs, Rick Snyder. Ancien chef d’entreprise, le gouverneur républicain du Michigan a privatisé le système de distribution d’eau. Avec comme conséquence, de 2014 à 2016, une intoxication au plomb de la population de l’ancien berceau de la construction automobile. Et ce en toute impunité, alors que les autorités locales étaient au courant, allant jusqu’à trafiquer les tests effectués sur les enfants de Flint…

Scénario & réalisation : Michael Moore. Photographie : Luke Geissbuhler Jayme Roy. Montage : Doug Abel Pablo Proenza. 2h05

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