Cinéma L'actrice française de 79 ans est décédée. Ces derniers mois, elle avait été frappée par deux hémorragies cérébrales.

Si le cinéma américain a une robe mythique, celle que portait Marilyn, au-dessus d'une bouche de métro de Lexington avenue à New York ; le cinéma français, a aussi la sienne. Elle est noire , moulante, signée Guy Laroche, avec un dos interminable, plongeant au-delà des reins jusqu'à la naissance des fesses. Une robe d'anthologie, pour un film d'anthologie : « Le grand blond avec une chaussure noire ». Bien plus qu'un énorme succès porté par le lunaire Pierre Richard, le film fixe la charnière des années 60 - 70 dans le celluloïd : son humour, son atmosphère, son esthétique, son cinéma populaire. Mireille Darc, qui ne s'est pas réveillée, ce lundi matin, emporte avec elle cette époque dont elle fut le visage, le sourire, la coiffure, la silhouette, la robe – conservée désormais au Musée du Louvre.

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IT Lautner et Audiard

« Le grand blond », d'Yves Robert, fut aussi le sommet de sa carrière cinématographique commencée une bonne dizaine d'années plus tôt, au tout début des années 60. Pas très heureuse dans l'épicerie familiale de Toulon, ni à l'école d'ailleurs, elle s'épanouit aux cours d'art dramatique et monte très jeune à Paris. Cette jolie brune, grande et mince, trouve de l'emploi comme modèle, comme mannequin, comme interprète de petits rôles à la télé et puis au ciné, au côté de Brigitte Bardot dans « La bride sur le cou », en fille de Louis de Funès dans « Pouïc Pouïc ».

En 62, son bout d'essai pour des « Pissenlits par la racine » est écarté par le producteur. Mais le réalisateur George Lautner la repêche. Cette fille, qui a abandonné Aigroz, son nom de naissance, pour se faire appeler Darc, - en hommage à Jeanne - ; il la voit bien avec un casque blond, le front barré par une frange. Elle ne l'abandonnera jamais, cette coupe au carré. Oui, cette fille dégage quelque chose qui le fascine, et il ne se lassera pas de la filmer durant 13 films . Quelque chose de la femme libre, émancipée, telle qu'elle défie la France du General dans « Gallia » dès 1966. Quelque chose de la fille idéale comme on l'imagine entre hommes, du genre macho et rigolo. Quelque chose d' « Une grande sauterelle », un titre qui va lui coller à la peau : élancée, sexy, marrante, délurée, godiche mais pas trop.

« Les Barbouzes », « Ne nous fâchons pas », « La valise », « Laisse aller, c'est une valse » ; elle s'impose comme la femme dans un univers de mecs. Elle est « un » pote pour Francis Blanche, Bernard Blier, Lino Ventura, Robert Dalban, Jean Lefebvre...qui s'en donnent à cœur joie grâce aux dialogues de Michel Audiard.

Il lui fait dire « Avoue tout de même que je suis la reine des pommes ! » dans « Les Barbouzes ». Mais, elle ne lui en veut , d'ailleurs , il l'a à la bonne. Et pour cause, ce n'est pas Brigitte Bardot ; elle est très pro, toujours à l'heure, connaissant son texte par cœur. Alors, il lui gratine des lignes aux petits oignons.


Le virage Delon

Toutefois, cette image dessinée par Lautner et Audiard, exploitée par Yves Robert, lui colle à la peau comme la robe de Guy Laroche. Elle tente d'autres registres, passe même le « Week-End » chez Godard. Elle s’essaie aussi au polar, dont « Jeff » de Jean Herman, qui deviendra Vautrin plus tard. Le public n'est pas convaincu, mais Mireille Darc y croise la route d'Alain Delon. C'est le début de quinze ans de passion tumultueuse, comme la presse people en raffole. Hyper médiatisé, le couple connaîtra une fin tragique en 83, la rupture étant suivie d'un grave accident de voiture qui fracture la colonne vertébrale de Mireille. La carrière cinématographique, en recherche d'un second souffle plus dramatique, sous l’influence d’Alain Delon avec « L'homme pressé », « Mort d'un pourri », « Les Seins de glace » ou « Pour la peau d'un flic » tourné par Delon lui-même ; cette carrière est stoppée net. Elle réalisera néanmoins un film en 1989 : « La Barbare » avec le chanteur Murray Head.


Une deuxième vie

Après avoir surmonté ses graves ennuis de santé, dont une opération à cœur ouvert ;Mireille Darc retourne à la télévision dans les années 90 où elle va connaître une deuxième vie.

Comme actrice bien évidemment, en jouant dans de nombreux téléfilms et des séries populaires dont « Les Cœurs brûlés », « Les Yeux d'Hélène » ou « Frank Riva ». Mais elle va surtout passer derrière la caméra pour réaliser de nombreux reportages diffusés par «Envoyé spécial » ou « Des racines et des ailes », notamment. Ces documentaires consacrés à des prostituées, des sans-abri, des religieuses, des prisonnières, laissent entrevoir une Mireille Darc radicalement différente de la grande blonde rigolote , sensuelle, bien dans sa peau.

Avec l'aide de Lionel Duroy, elle avait publié récemment deux livres, « Tant que battra mon cœur » et « Mon père », dans lequel elle dévoile une enfance malheureuse. Son père la surnommait la bâtarde car elle était le fruit d'une infidélité de sa femme. A six ans, il la marque à jamais en décidant de se pendre devant elle et en la rendant responsable de son suicide.

Sous la robe noire de ce sex-symbol des années 70 battait le cœur d'une belle personne, qui a su transmettre le bonheur et la joie de vivre qu'elle n'avait pas reçus.