Cinéma

Coïncidence ou première indication quant à la ligne de fond du Festival ? Deux des films les plus intéressants que l'on aie pu voir à ce jour touchent à l'adolescence - abordée, toutefois, sous des angles forts différents.

Dans le chef du Mexicain Alfonso Cuaron et de son film, «Y Tu Mama Tambien», la chronique prend des allures de road-movie paresseux, de Mexico City vers quelque plage mythique. Embarqués dans l'aventure, deux gamins de Mexico, Julio et Tenoch, mais encore une jeune femme, Luisa, qui les révèlera à eux-mêmes.

DE MEXICO À LA FLORIDE

Innocence, sexualité sans faux-fuyants et amitié s'entrechoquent pour une entrée douloureuse dans l'âge adulte. Non sans qu'une voix off introduise un subtil commentaire social, en forme de regard lucide sur le Mexique d'aujourd'hui. Autant dire qu'on est loin du kitsch des productions américaines de Cuaron («Great Expectations» en tête), le cinéaste semblant avoir trouvé dans ce retour aux sources matière à un salutaire renouveau.«Bully», lui, s'inscrit dans la continuité de l'oeuvre de Larry Clark, vision crue du quotidien d'adolescents américains. Aux gosses des rues new-yorkais de «Kids» succèdent des gamins bien ordinaires, des «wasp» issus de la classe moyenne floridienne. Soit, en l'occurrence, deux jeunes filles et autant de mecs dont l'existence se résume, à peu de choses près, au sexe, à la dope et au surf. Jusqu'au jour où, l'un d'eux les tyrannisant, les trois autres décident rien moins que de le liquider, sans autre forme de procès. Quelques amis désoeuvrés sont appelés à la rescousse, et les voilà mettant leur plan à exécution - sans plus de conscience de leurs actes que de repentir apparent.

FAITS DIVERS RÉELS

Inspirée d'un fait divers réel, l'histoire est effarante. Fidèle à sa méthode, Clark l'assène sans ménagement, collant au plus près aux faits. C'est dire que son film percute par son réalisme sec, entre sexe banalisé et glissement vers l'horreur.

Mais si «Bully» est une oeuvre aboutie, c'est surtout parce que, au-delà de son côté purement saisissant (mais nullement complaisant), elle passe au scalpel une société américaine n'offrant d'autre perspective à certains de ses enfants que le néant. Démission forcée des uns, ennui des autres débouchent sur un cocktail incendiaire en une vision de désolation. Moraliste, Larry Clark ? A tout le moins ose-t-il de bonnes questions...

© La Libre Belgique 2001