Cinéma Pour son premier film, Aaron Sorkin signe le biopic malin d’une femme d’affaires détonante.

Ancien espoir du ski acrobatique coachée par un père exigeant (Kevin Costner), Molly Bloom (Jessica Chastain) a plusieurs fois chuté, quelques fois très lourdement, mais s’est toujours relevée. Après un grave accident sur les pentes, la jeune fille du Colorado décide de prendre une année sabbatique à Los Angeles, où elle bosse dans un bar à cocktails chic. Elle y rencontre un financier un peu véreux qui organise des parties de poker clandestines avec des hommes d’affaires, des réalisateurs, des acteurs, des sportifs… Bref avec quiconque peut débourser 10 000$ pour s’asseoir à la table. Très vite, Molly décide d’organiser ses propres parties et l’argent commence à couler à flots.

Cette histoire, qu’elle a racontée dans son autobiographie "Molly’s Game", l’a menée par la case prison. Réveillée en pleine nuit par 17 agents du FBI surarmés, Molly est en effet arrêtée et doit comparaître dans deux jours devant un tribunal à New York, qui l’accuse de liens avec des membres de la mafia russe ayant participé à ses parties de poker. Elle tombe heureusement sur Me Charlie Jaffey (Idris Elba), avocat brillant qui accepte de la défendre même si elle n’a plus un cent en poche…

Si "Molly’s Game" est si attendu, c’est qu’il s’agit du premier film d’Aaron Sorkin. Après avoir débuté sa carrière de scénariste en 1992 avec le script de "Des hommes du président" pour Rob Reiner (tiré de sa propre pièce à Broadway), Sorkin a régulièrement travaillé pour le grand écran. Avant de s’imposer à la télévision en 1999 en créant la série "A la Maison-Blanche", avec Martin Sheen dans le rôle du président Josiah Bartlet. Pour HBO toujours, on lui doit également l’excellente série "The Newsroom" avec Jeff Daniels, qui décrivait le fonctionnement de la rédaction d’un grand magazine d’information télévisé basé à New York. Applaudi pour l’exigence de son écriture et l’acuité de son regard sur la politique américaine, Sorkin enchaîne ensuite les scripts : "La Guerre selon Charlie Wilson" pour Mike Nichols, "The Social Network" (sur la création de Facebook) de David Fincher ou "Steve Jobs" de Danny Boyle. Il était écrit que le scénariste passe un jour à la réalisation…

La comparaison avec les grands cinéastes avec lesquels Sorkin a travaillé n’est sans doute pas à son avantage. Si "Molly’s Game" est toujours aussi brillant dans ses dialogues et précis dans sa dissection du fonctionnement de la société américaine (ici autour de la question du lien entre argent, jeu, pouvoir et mafia), ce premier long métrage manque parfois de fluidité à force de vouloir nous raconter tout le détail du parcours de cette jeune femme ambitieuse qui a tenu sous sa coupe des dizaines de millionnaires.

Trop long, par moments trop verbeux, "Molly’s Game" est heureusement sauvé par la prestation de son actrice principale. Jessica Chastain est en effet une fois de plus fantastique à regarder. Défaite ou flamboyante, elle occupe tout l’écran (jusqu’à la voix off) pour nous faire vibrer aux côtés de son personnage. Elle nous ferait presque avoir de la peine pour cette femme d’affaires qui a joué les équilibristes sur la frontière entre légalité et clandestinité, que Sorkin transforme presque en héroïne intègre et honnête de la lutte contre la corruption. En femme battante qui, dans une vision très américaine, ne baisse jamais les bras et se relève de tous ses accidents de parcours. Comme le surligne le cinéaste, appuyant un peu trop souvent sur la métaphore du ski…


© IPM
Scénario & réalisation : Aaron Sorkin (d’après le livre de Molly Bloom). Photographie : Charlotte Bruus Christensen. Musique : Daniel Pemberton. Avec Jessica Chastain, Kevin Costner, Idris Elba, Michael Cera… 2h20.