Cinéma Une pure fiction avec de vrais morceaux de caméras cachées.

Petit écran, c’est François l’Embrouille, le champion de la caméra cachée. Grand écran, c’est François Damiens, l’acteur à la palette saisissante, de la comédie trash (Dikkenek) à la romantique (La Délicatesse), du cinéma d’auteur pointu (La famille Wolberg) au drame contemporain (les Cow-boys). Entre Dr Damiens et Mr l’Embrouille, c’était parfaitement étanche.

Et voilà que pour son premier film derrière la caméra - tout en restant devant -; il a ouvert les digues, osé le mélange, tenté une synthèse sous la forme d’un récit à base de… caméras cachées.

Dany Versavel (François Damiens) est un détenu, disons haut en couleur. Et peut-être même dangereux, si on en croit les motards et l’hélicoptère qui encadrent le fourgon pénitentiaire en route vers le tribunal. Celui-ci doit statuer sur l’avenir de son fils. Son avocate pro deo lui explique que la meilleure solution pour son enfant, c’est d’accepter son émancipation légale. Là, l’Embrouille sort le grand show - hollywoodien même à la JCVD. La jeune femme ne renonce pas mais doute, visiblement, trouver un jour l’argument qui pourrait convaincre l’énergumène de signer le document.

La force des caméras cachées de François l’Embrouille, c’est qu’il est au cœur du dispositif, qu’il improvise un personnage hénaurme avec un but précis : sidérer Mr et Mme Toutlemonde pour provoquer une réaction. Mais dans un film, il interprète aussi le personnage qui conduit le récit; il est donc contraint de garder la même identité, la même personnalité, la même tête (quoique) de bout en bout.

Au départ, la formule n’est pas évidente, elle demande d’ailleurs un temps de rodage afin de dissiper les soupçons de bidouillage. Mais, quand notre Dany déboule au CHU de Liège, dans le cabinet d’un proctologue pour récupérer ce que ses copains lui ont mis dans le colon, le naturel de l’infirmière - en a-t-elle vu d’autres ? - permet à la formule de prendre. On est alors parti pour un long métrage, hautement improbable, mais qui fonctionne. Dany Versavel peut entamer l’éducation de son fils, lui apprendre à boire, à fumer, à glander. Sans oublier de draguer sur les bancs de la place Flagey.

"Mon Ket" ne ressemble à rien de connu, si ce n’est, de loin, à Sacha Baron Cohen, mais de très loin. C’est un véritable prototype, un film de pure fiction avec des faux vrais morceaux de réel. Un scénario organisé autour d’un baraki à la masse qui précipite des vraies personnes dans des situations totalement fausses.

Toutefois, par sa nature, le film induit, malgré lui, un sens qu’on ne cherche pas nécessairement dans une simple caméra cachée. Faut-il y voir, par exemple, une œuvre sur les parents toxiques ? Faut-il y trouver l’expression d’un esprit pur belge ? D’ailleurs un peu de sous-titrage ne sera pas du luxe en France. Faut-il y admirer un scanner de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus spontané, authentique, viscéral ? De fait, François Damiens réussit à créer un court-circuit entre ce qu’on dit et ce qu’on pense.



© IPM
Réalisation : François Damiens. Scénario : François Damiens, Benoît Mariage. Avec François Damiens, Matteo Salamone, Tatiana Rojo… 1h29.