Cinéma

Présenté il y a une semaine à la Mostra, "Mother !" a profondément divisé le public vénitien. Face à la presse internationale, Darren Aronofsky (qui avait obtenu le Lion d’or en 2008 pour "The Wrestler") tentait de se justifier en présentant son dernier film comme un "cocktail très corsé, qui ne peut pas plaire à tout le monde". Sait-il que les meilleurs cocktails comportent rarement plus de trois ou quatre ingrédients ? Dans son septième long métrage, le cinéaste américain de 48 ans pêche en effet par une ambition démesurée, accumulant tellement de thèmes qu’il finit par n’en traiter aucun dans une soupe totalement indigeste…

Depuis des mois, une jeune femme douce (Jennifer Lawrence) restaure avec goût la superbe maison perdue en pleine nature de son compagnon, un grand poète en panne d’inspiration (Javier Bardem). Leur petit paradis va commencer à craquer de toutes parts suite à l’arrivée à l’improviste d’un couple étrange (Ed Harris et Michelle Pfeiffer) bien décidé à se taper l’incruste… Si le film débute plutôt bien, parvenant à distiller un sentiment de mystère et une ambiance inquiétante, il vire très rapidement au grand-guignol…

Avec "Mother !", Aronofsky se place dans la lignée la plus ésotérique de son cinéma : "Pi", "The Fountain" ou encore son très ambigu "Noé". On retrouve d’ailleurs à nouveau ici des références à l’Ancien Testament mais aussi au Nouveau. Affirmant s’être inspiré de la souffrance de notre Terre-mère, le réalsateur fait de son héroïne une figure mariale, représentant la souffrance de toutes les femmes. Avant de la transformer en déesse antique ou en âme du foyer… Si, dans ce rôle impossible, Jennifer Lawrence - en couple avec Aronofsky depuis le tournage - est une fois encore épatante face à un Bardem assez caricatural, son talent ne peut rien pour empêcher le naufrage…

Darren Aronofsky se veut profond mais il use et abuse des symboles jusqu’à plus soif. Ainsi, l’accouchement se doit-il d’être pris au sens littéral, religieux mais aussi figuré. "Mother !" se présente en effet comme une métaphore lourdingue de l’accouchement dans la douleur d’une œuvre d’art. Où l’acte créatif est présenté comme une véritable descente aux Enfers, à laquelle rien ne peut survivre, surtout pas le couple.

On sent bien la dimension profondément autobiographique de "Mother !". Malheureusement, trop torturé, Aronofsky ne parvient pas à canaliser les idées qui fourmillent par dizaines dans son esprit. Il accouche péniblement un film totalement brouillon qui, à force de brouiller les pistes, finit par perdre tout sens. Et qui se résume in fine à un film fantastique grotesque…

Côté mise en scène, Aronofsky garde cependant la main, offrant quelques scènes vraiment impressionnantes par le sentiment d’oppression qui s’en dégage. Quand cette paisible maison isolée commence à être envahie par des dizaines de gens sortant de nulle part pour se frotter à l’aura du Poète-Prophète. Symbole, parmi tant d’autres, de la disparition de l’intimité et de la vie privée…


© IPM
Scénario & réalisation : Darren Aronofsky. Photographie : Matthew Libatique / Montage : Andrew Weisblum. Avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer… 2h 01.