Cinéma La montagne se moque de l’homme comme de sa première avalanche. Elle l’a vu venir et elle le verra disparaître.

Il suffit parfois de trois plans pour changer la perception d’un film, pour lui ajouter une dimension, lui donner de l’épaisseur. La roulette d’un piano qu’on pousse sur la scène, des musiciens qui s’accordent, un ingé-son occupé à ses derniers réglages. Un, deux, trois, l’orchestre et le documentaire démarrent ensemble et pendant toute la durée, on aura l’impression d’être au cinéma et au concert, on aura le sentiment d’entendre une musique vivante plutôt que des illustrations sonores plaquées sur des images.

"Ceux qui dansent, passent pour des fous, pour ceux qui n’entendent pas la musique". Cette phrase placée en exergue de "Moutain" donne le ton. D’où vient cette fascination contemporaine pour la montagne ? Pourquoi cette course aux sommets ?

Il y a 300 ans, personne ne s’y risquait, le territoire était sacré, réservé aux dieux et aux démons. Il existait assez de dangers dans la vie quotidienne pour en rechercher ailleurs. Aujourd’hui, c’est le terrain de la vraie aventure car la montagne est incontrôlable même si l’homme déploie parfois de très gros moyens pour la contrôler, notamment dans les stations de ski.

C’est que la montagne est le plus puissant exhausteur de sensations. En sa compagnie, on se sent extrêmement vivant car la mort peut surgir à tout moment. Dans l’extrême plaisir aussi car la terreur a la puissance du vertige. Dans l’extrême spectaculaire, car elle renouvelle la capacité d’étonnement.

Merveilleusement lu par Willem Dafoe, le commentaire concis et binaire active la réflexion du spectateur. Il engage une forme de méditation stimulée par des images littéralement à couper le souffle. Les opérateurs de la réalisatrice Jennifer Peedom sont allés les chercher aux quatre coins du monde. Et puis, le drone et la go-pro ont ouvert des possibilités vertigineuses, tant sur l’immensité du paysage que de la (dé)mesure de la prise de risque des alpinistes à mains nues sur les interminables parois lisses.

La montagne se moque de l’homme comme de sa première avalanche, elle l’a vu venir et elle le verra disparaître. En revanche, l’homme la défie pour y mesurer son courage, son arrogance, son adresse, sa vanité.


© IPM
Documentaire de Jennifer Peedom. Avec la voix de Willem Dafoe. 1h14