Cinéma Michael Caine raconte comment il a transformé la société anglaise avec Twiggy, Marianne Faithfull, Mary Quant, Paul McCartney, David Bailey et tant d’autres.

En cette année anniversaire de mai 68, la perception qu’on peut avoir des années 60 a une dimension très politique. C’est que le volet culturel était plutôt anglo-saxon. Même si la Nouvelle vague française a joué un rôle majeur, le principal moteur de cette mutation fut la musique. Beatles, Stones, Who, etc. vont provoquer une révolution qui ne fut pas que musicale tant elle a boosté les mutations sociales, vestimentaires, chromatiques, radiophoniques, sexuelles et bien d’autres.


C’est ce que Michael Caine entend démontrer en 90 minutes, avec images et musiques d’époque. Car pour lui, ce fut très clairement une révolution. Même une double révolution.

La première révolution, c’est la sienne. Celle du fils d’une femme de ménage et d’un marchand de poissons qui n’entend pas reprendre l’échoppe paternelle sur le marché. Maurice Micklewhite veut devenir acteur. Il ne se voit pas en train de jouer Le roi Lear, il se voit comme il est, sur un grand écran, avec son accent cockney. C’est qu’il va beaucoup au cinéma et il n’y voit jamais des gens comme lui. David Bailey, le photographe, Paul McCartney ou Mick Jagger, le mannequin Twiggy sont comme lui ; fiers de leur classe, revendiquant leur place dans la société, autre que celle que lui attribue la classe "supérieure". La classe ouvrière a du talent.

La deuxième révolution est aussi la sienne. Celle de la jeunesse qui veut imposer ses goûts. Ses goûts musicaux, dont, bien sûr, la BBC ne veut pas. On mettra des émetteurs sur un bateau pour pouvoir écouter les Beatles ou les Stones diffusés par Radio Caroline.

Ses goûts vestimentaires, aussi. Un vêtement, c’est fait pour se faire remarquer, pour être sexy, pour être bien dans sa peau. " U n vêtement ne sert pas que pour avoir bien chaud" dira Mary Quant, qui inventera la mini-jupe et une façon de mouler le corps.

Ses goûts et ses couleurs. Fini le gris, le fog, Londres est pop et coloré comme le pop art. La jeunesse a du talent.

Malheureusement, il y a une troisième révolution, selon Michael Caine et ce n’est pas la sienne : la drogue. Il n’est pas contre, mais il observe qu’après un moment, ceux qui en prenaient, s’en sortaient plutôt mal. La drogue a-t-elle précipité la fin du mouvement ? Ou pareil moment de grâce ne dure jamais longtemps ?

On l’aura compris, Michael Caine n’est pas le simple narrateur à l’humour savoureux d’un documentaire sociologico-culturel. Il en est un acteur, et pas seulement un comédien. Il en est une preuve, on le voit notamment dans des extraits de films tournés dans les années dont Alfie par exemple.

Ces images n’ont pas un caractère nostalgique mais bien authentique. Comme peut l’être le soundtrack composé par les Beatles, les Stones, les Who, les Kinks, Spencer Davis… autant de tubes dont on comprend enfin le double sens des paroles qui renvoient à une actualité qui nous était inconnue.

C’est avec Michael Caine, que la classe a changé de camp.

Documentaire de David Batty. Scénario : Dick Clement, Ian La Frenais. Production : Simon Fuller, Michael Caine, Dick Clement… 1h25.

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