Cinéma

Fiona (Emma Thompson) est une juge réputée. Totalement investie, elle tranche sans faillir de complexes affaires de famille, même au prix d’une décision impopulaire. Une affaire médiatisée chasse l’autre, dans sa vie réglée et aisée. Jusqu’au soir où son mari Jack (Stanley Tucci) lui annonce qu’il envisage d’avoir une relation extraconjugale. Rupture. Le lendemain, Fiona est au travail. 

C’est à peine si un éclat traduit son état émotionnel que se présente déjà un nouveau dossier : Adam (Fionn Whitehead), jeune homme atteint de leucémie, doit recevoir une transfusion vitale à laquelle s’opposent fermement ses parents, témoins de Jéhovah. Le débat judiciaire menace de dépasser la sphère privée pour devenir un enjeu idéologique, avec Adam en martyr de sa confession. Est-ce parce qu’elle est ébranlée par la crise qu’elle traverse ? Fiona décide d’une démarche non conventionnelle, qui va avoir des conséquences inattendues.


Une crise de couple. Un portrait de femme d’âge mûr. Une peinture de classes. Une question éthique. Le droit individuel face à l’intérêt collectif. La loi des hommes contre celle de dieu. On retrouve dans "My Lady" plusieurs thèmes chers à Ian McEwan, qui adapte lui-même au scénario son roman de 2014.

Le jugement sur cet adolescent renvoie Fiona au bilan personnel qu’elle affronte : potentielle divorcée, sans enfant, parce que tout entière dévouée à une cause et sa propre religion - la justice. Cette femme toujours dans le contrôle ne sait plus quelle voie suivre ni quelle voix intérieure écouter : sa raison ou son cœur ? Doit-elle rester sur sa réserve ou lâcher du lest ? Le destin fait se rencontrer une juge et un adolescent au moment où tous les deux voient leurs certitudes ébranlées, les fondations de leur vie vacillent. En dépit de leurs différences - d’âge, de classe, de croyance - un lien se crée.

L’œuvre parle aussi en creux de notre temps, ce temps des polarisations des opinions, du retour du religieux jusqu’à l’extrême, où tout se décide dans l’urgence, où la rigueur peine à résister à la pression populaire ou au diktat de l’efficacité, où même la vie de couple devrait être éclat permanent.

"My Lady" est essentiellement un film de dialogues, souvent affûtés, parfois acerbes, porté par la figure omniprésente de Fiona. L’adaptation force l’auteur à trancher dans les nuances - au risque d’une articulation laborieuse et d’une progression dramatique à gros traits. Mais il y a quelque chose de stimulant dans les enjeux soulevés.

Richard Eyre ("Stage Beauty") rythme par sa mise en scène et son montage de longs échanges - évitant à "My Lady" de ressembler à du théâtre filmé. Surtout, pour élever ce film et tenir le spectateur en haleine, il y a Emma Thompson : tour à tour impérieuse, brillante, vibrante, forte et fragile. L’actrice, comme son personnage, ne se défausse jamais. Elle fait littéralement le film, justifiant amplement le titre choisi pour sa diffusion continentale.

Réalisation : Richard Eyre. Avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead,… 1h45.

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