Cinéma

Ecrivaine à succès spécialisée dans le fantastique, Elizabeth Keller a réussi à surmonter ses pires démons pour devenir la romancière qu’elle rêvait, dans la lignée de son héros, Howard Philip Lovecraft, maître incontesté de l’horreur. Son dernier ouvrage, "Dream in a Ghostland" s’arrache comme des petits pains. Il s’agit de son livre le plus autobiographique, où elle transcende par l’écriture le cauchemar qu’elle a vécu adolescente, alors qu’elle venait d’emménager avec sa mère Pauline et sa sœur Vera dans la maison d’une vieille tante dont elles venaient d’hériter dans la campagne de l’Illinois. Là, les trois femmes ont été victimes du sadisme d’une sorcière et d’un ogre bien réels. Seize ans plus tard, un coup de fil affolé de sa sœur pousse Beth à quitter le confort de son bel appartement de Chicago pour reprendre la route de cette vieille maison toujours emplie de démons. Où elle retrouve sa mère et sa sœur, qui ne s’est jamais remise de son traumatisme.


Découvert avec "Saint-Ange" en 2004, avec Virginie Ledoyen et Lou Doillon, le Français Pascal Laugier est l’un des spécialistes français de l’horreur. En 2008, il avait choqué pas mal de monde avec "Martyrs", film d’horreur hyper gore qui en faisait voir de toutes les couleurs à Mylène Jampanoï et Morjana El Alaoui. Présenté mardi soir en ouverture du Bifff après avoir décroché le grand prix du jury du dernier Festival de Gérardmer, "Ghostland" s’inscrit dans la même lignée. Soit une série B d’exploitation qui met en scène de pauvres héroïnes torturées par d’atroces pervers.

Laugier ne cache pas ici ses références au cinéma horrifique américain des années 70, Tobe Hooper en tête, avec ses méchants pas piqués des vers et son horreur frontale. Car, ne lui en déplaise, on est plus proche ici de "Massacre à la tronçonneuse" que de l’horreur métaphysique glaçante de Lovecraft…

Son film, le cinéaste français l’a pensé comme une réflexion sur l’image et le corps des femmes, ici réduites au rang de poupées pour assouvir les fantasmes masculins les plus dégénérés. Avec, en plus, un questionnement sur le genre assez inutile. Si le thème résonne évidemment dans l’actualité, "Ghostland" exploite au moins autant qu’il ne dénonce l’érotisation du corps féminin.

Dans ce jeu de massacre, il faut saluer le courage des quatre jeunes comédiennes, qui incarnent les deux sœurs adultes et ados : Crystal Reed, Anastasia Phillips, Emily Jones et Taylor Hickson (qui a été défigurée sur le tournage). Mais aussi celui de Mylène Farmer. Laugier avait signé l’un de ses clips en 2015. Elle s’est donc laissée convaincre (sans réellement nous convaincre) de revenir au cinéma, 24 ans après "Giorgino" de Laurent Boutonnat, déjà un film d’horreur.

Scénario et réalisation : Pascal Laugier. Photographie : Danny Nowak. Montage : Dev Singh. Avec Crystal Reed, Anastasia Phillips, Emilia Jones, Mylène Farmer, Taylor Hickson… 1 h 31.

© 20th Century Women (2016)